hover animation preload
Le quartier de la Réunion, réhabilitation d’un ancien coeur artisanal parisien

Réhabilitations et autres rénovations ne sont pas toujours synonymes d’effacement d’une identité d’un territoire, ou de « tabula rasa ». Dans ce qui reste aujourd’hui du Paris faubourien dans le quartier de la « Réunion » du 20ème arrondissement, le bâti continue de composer l’ambiance d’un lieu, où les hauteurs moyennes et basses des bâtiments, ainsi que leurs matériaux et leurs couleurs, sont des clins d’œil architecturaux au passé artisanal du lieu. Avec l’évolution sociologique du quartier, restaurants camerounais et éthiopiens complètent ce paysage urbain post-artisanal. Le quadrillage des rues reprend l’ancien parcellaire composé de lanières agricoles, héritage de l’ère viticole, donnant au piéton à déambuler dans un espace public qui sublime plus encore les façades des immeubles. Plus loin, les rues piétonnes et autres impasses éclairées par des lampadaires aux allures de réverbères invitent le piéton à s’affranchir des sentiers balisés pour découvrir les mystères des cœur d’îlots, et du charme des rapports oniriques entre espace public et espace privé. Quelquefois, des « ratés architecturaux » ponctuent l’urbanisme du quartier, héritage des années 1990 et de la mode des carreaux blancs comme couverture de façades.

A côté de l’impression générale positive laissée par la dérive urbaine dans le quartier, on reste parfois troublé. Intriguant programme de logement social que celui réalisé par le cabinet de l’architecte Édouard François, notamment concepteur de la « ZAC des pots de fleur » à la Porte d’Asnières, surprenant immeuble aux façades parsemées de grands pots de fleurs visible depuis le train en quittant la gare Saint-Lazare. Un sentiment d’inachevé demeure au 25 rue des Vignoles, au regard des structures de bois, composant les espaces intermédiaires entre les entrées des logements et l’allée centrale, qui devraient être colonisées par des glycines grimpantes plantées d’ici trois ans. Un geste architectural qui s’affirme par son originalité, mais qui peine à séduire les personnes en recherche de logement social, notamment à cause du sombre perçu à l’intérieur des logements. Sur les forums de discussions en ligne, les débats sur la qualité du bâtiment ne laissent en tout cas pas neutres les habitants, et autres érudits d’architecture . L’équipement public du gymnase construit plus loin dans le quartier, à l’occasion de ce programme de « zone d’aménagement concertée » répond de manière plus classique au « vocabulaire urbain » rappelant le passé du lieu, avec une structure extérieure métallique évocatrice, et une disposition reprenant également le parcellaire ancien.


La dimension sociale de cette rénovation du quartier affiche des effets variés. Le problème de l’insalubrité, voir du péril de certains logements, est achevé par les reconstructions, même s’il reste encore un tissu notable d’habitat indigne. Certaines constructions de logements sociaux dans le quartier même ont permis un relogement efficace. A cela s’ajoute des initiatives libres d’urbanisme sur le quartier, avec des rénovations d’initiatives privées. Celles-ci ont pu permettre la préservation de petites industries et ateliers. La gentrification n’est pas un fait social majeur, mais elle produit quand même certains effets. Population en mal d’authenticité, elle est active dans la protection du patrimoine. Ainsi, l’augmentation importante des démarches de mises en valeur du bâti à la Réunion peut parfois constituer un frein à la mise en œuvre de projets urbains plus larges et créateurs de vie urbaine.

Sur la politique d’aide à l’implantation d’activités, les maîtres d’ouvrage de la réhabilitation s’affrontent aujourd’hui à la difficulté d’attirer le commerce le long des rues structurantes du quartier (rue des Haies, rue de la Réunion). La boulangerie, puis un Franprix, sont les deux principaux lieux de chalandise. Les autres locaux aménagés n’ont pas trouvé preneurs, et ont depuis été investis par des associations d’intégration sociale.

Aujourd’hui le quartier de la Réunion a su perpétuer une image en continuité avec son histoire, ce de manière plus ou moins polémique. Témoignent de cette satisfaction les applaudissements enthousiastes des habitants à l’occasion de la réunion de présentation des projets des architectes, fait peu répandu dans une telle démarche pour être souligné. Point d’orgue à venir du projet, la rénovation de la place de la Réunion, dont les travaux viennent de commencer il y a deux mois. Après le lancement d’une démarche de réhabilitation de fond pour le quartier, ce lieu donnera une nouvelle dimension symbolique forte au quartier.

Photographies: Alexandre Laignel

  • 2 responses to Le quartier de la Réunion, réhabilitation d’un ancien coeur artisanal parisien

  • noreply@blogger.com (Mum'Troll)
    10:33 on janvier 29th, 2009

    Décidemment, les colombiens et les colombiennes ont beaucoup à partager …
    Je me permets d’ajouter 2 points à votre description passionnante de ce quartier parisien :
    1. le bâtiment des bains-douches rue des Haies, au croisement de la rue Buzenval, qui vaut amplement le détour
    2. le traiteur Grec de la rue de la Réunion, non loin du croisement de la rue d’Avron (à côté du restaurant Aristote). A recommander tant pour ses produits que pour son accueil !


  • noreply@blogger.com (Anonymous)
    12:41 on janvier 29th, 2009

    Merci pour ces conseils avisés Mum’Troll! Il y aurait effectivement tant d’heures à passer à partager autour de ces lieux… Je penserais à ces visites lors de mon prochain passage dans le quartier.

    Bien à vous,
    Alexandre


  • Laissez un commentaire