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Stage dans le Périgord Noir: La pluriactivité – Agriculture et tourisme

Terrain d’étude : Intercommunalité de la vallée de la Vézère et nord de St-Géniès

Recherche réalisée entre les 5 et 8 avril 2006 par

ESNAUT Adeline

LAIGNEL Alexandre

LE BRIS Rachel

VITEL Benjamin

dans le cadre du stage de terrain en milieu rural dirigé par Jean Gardin.

Problématique : Agriculture et tourisme dans le Périgord Noir : de l’agrotourisme au tourisme ?







Dans le Périgord et plus généralement en Dordogne, le tourisme constitue aujourd’hui une des principales richesses. La Dordogne est le 10ème département français le plus fréquenté par les touristes, mais surtout le 1er pour le tourisme intérieur . Egalement espace agricole, les paysages restent encore particulièrement marqués par cette activité, bien que les dynamiques encore en cours prolongent la perte de vitesse de cette économie dans la région, en particulier dans les productions à faible valeur (lait, blé,…). Bien souvent aidée par des politiques de conservation du patrimoine et des paysages, l’ouverture au monde de l’agriculture n’est parfois pas une fatalité, et l’image de région agricole attire les citadins désireux de vouloir communier avec l’authenticité de la campagne. La proximité avec l’habitant de la campagne travaillant la terre devient une tendance en vogue aujourd’hui, faisant de l’agrotourisme une nouvelle source de revenu possible pour les agriculteurs.

La rencontre entre les deux activités du tourisme et de l’agriculture dans le Périgord ne peut être cernée sans avoir au préalable saisi la rupture de fond causée par les choix politiques en matière d’agriculture. En premier plan, l’Union Européenne et son agriculture subventionnée par la Politique Agricole Commune ont permis de répondre à l’ambition d’autosuffisance alimentaire vis-à-vis du monde à la sortie des pénuries des 2 grandes guerres : reconstruire la base agricole sur laquelle une grande puissance peut s’appuyer pour « préserver » sa force. En 1962, la future U.E produisait 80% de sa consommation alimentaire, elle en produit en 1997 120%. Protégés par la baisse des prix, les agriculteurs sont depuis longtemps subventionnés par le budget européen, et c’est finalement en 1992 qu’est véritablement réformée la PAC face aux non-réponses aux différents problèmes posées depuis quelques décennies : augmentation des dépenses budgétaires, baisse du nombre d’actifs agricoles, baisse du revenu agricole, problèmes environnementaux, et tout cela dans un contexte où l’Europe est toujours plus montrée du doigt par ses concurrents mondiaux qui protestent auprès de l’OMC au sujet de l’aspect protectionniste de la PAC.

Le hasard des rencontres a voulu que parmi les trois agriculteurs interrogés reconvertis à l’agrotourisme, deux d’entre eux aient commencés leurs activités dans ce domaine en cette même année de 1992 où la PAC fut réformée. L’un d’entre eux, Didier Delbos, ne cache pas la « nécessité » qui l’a poussé à faire ce choix. Déjà en 1984, la mise en place de quotas laitiers soumet à taxation tous les agriculteurs dépassant les quotas de production exigés. Pour obtenir plus de quotas, plusieurs conditions sont à répondre, notamment la superficie de la production, ou encore plus tard, le respect de certaines normes environnementales. Les grandes exploitations se sortent mieux de cette nouvelle concurrence ; à l’échelle de la France, Alain Lajoignie, producteur de lait au hameau de Larnaudie, rappelle que les agriculteurs périgourdins n’ont pas les moyens d’arriver à la hauteur de la productivité atteinte par les agriculteurs bretons. Les statistiques de l’AGRESTE du recensement agricole confirment ce constat en Dordogne: entre 1988 et 2000, le nombre d’exploitations laitières tend à diminuer de 3381 à 1383 (voir tableau). En terme d’effectifs, la baisse est aussi conséquente : 56358 vaches laitières en 1988, contre 35673 en 2000. Plus généralement, les exploitations agricoles sont moins nombreuses en Dordogne ; la superficie totale des exploitations est passée de 13786 hectares en 1988 à 11647 hectares en 2000. Face à une harmonisation des prix agricoles aux niveaux mondiaux, une sorte de « destruction créatrice » finit par s’opérer, dans cet espace propre qu’est le Périgord.

Le village de Saint-Amand de Coly et ses alentours témoignent de cette dynamique à l’œuvre vers le tourisme, mais les perspectives quant au devenir de l’espace restent incertaines. Alors que le phénomène de l’agrotourisme a été initié par les agriculteurs eux-mêmes avec un certain nombre de moyens (partie 1), l’accaparation de cette nouvelle économie touristique par les non-agriculteurs dans le Périgord tend à provoquer des conflits sur l’espace, mêlant des enjeux patrimoniaux, sociaux, économiques, et agricoles (partie 2).

Principaux initiateurs de ce que l’on appelle aujourd’hui l’agrotourisme, certains agriculteurs alors confrontés à une série de réformes de la PAC on vu dans le tourisme une possibilité de nouvelles sources de revenus. Alors que les premiers touristes de masse ont investit dans les années 60 les stations balnéaires ou de haute montagne faites pour accueillir de nombreuses personnes, on recherche aujourd’hui de plus en plus de simplicité et de séjour moins groupés. Avec pour atouts la diversité de ses paysages agraires et la capacité potentielle de logements disponibles, le Périgord constituait déjà un lieu à priori propice à cette activité. Les mêmes bâtisses devenues inutiles à l’agriculture sont aménagés en direction de l’accueil touristique, quant ce n’est pas l’agriculteur qui fait ce choix, c’est souvent le fils qui, par héritage, choisit de se tourner vers ce qui est parfois accepté comme étant la modernité. La répartition de l’habitat dans la région de Saint-Amand de Coly profite d’autant plus à ce choix qu’il est dispersé et donc aéré pour le touriste. Constitués de nombreux hameaux, les logis sont nombreux et aussi de potentiels fermes à aménager tout en préservant ce qui a fait l’ancienne prospérité de ces petites exploitations sur le plan agricole. La taille moyenne des exploitations, petite par rapport aux exploitations françaises moyennes, expliquent en partie le fait que ces petites exploitations périgourdines soient généralement en mal de pouvoir s’adapter aux nouvelles normes européennes imposées par la nouvelle PAC. Les économies d’échelle demandent souvent plus d’investissement que pour le tourisme. Ce sont donc les agriculteurs qui tiennent là une place privilégiée dans la promotion du logement et du patrimoine périgourdin. Parmi les 3 domaines possédés par Didier Delbos, l’un d’entre eux lui a été légué par son ascendance, celui du hameau de Castel. Il a acheté les 2 autres, ceux du Vignole et de Sauveboeuf. 2 des 3 domaines ont été complétés par une piscine, très demandée par les vacanciers, sans que pour autant soit négligé l’aspect traditionnel de la bâtisse. La chambre d’agriculture a établit une typologie des activités d’accueil à la ferme : un accueil limité à l’habitat (les gîtes ruraux) ; un accueil intégrant les repas à la ferme même (chambres d’hôtes) ; et l’intégration à un certain nombre d’activité, comme la production, ou la vente de produits sur place. La préservation de ces fermes malgré le déclin relatif de l’agriculture passe parfois par des rénovations dans l’esprit initial des fermes. Ces travaux sont assez coûteux à la vue de la qualité des matériaux, alors parfois il existe des aides venant assister l’exploitant.











Attribuées pour la remise à neuf du patrimoine (anciennes fermes, maisons de bergers,…), les subventions permettent par la même occasion à l’agriculteur de mettre en valeur son domaine. Il existe différents types et donateurs en matière de subventions. Didier Delbos lui, a su tirer profit des subventions européennes. Créées en 1997 par le gouvernement de Lionel Jospin, les Contrats Territoriaux d’Exploitation (CTE) participent à la hauteur de 40% maximum (plafonnement à 7500 euros / ans durant 5 ans) à la rénovation d’un patrimoine, où à une agriculture respectant des normes environnementales (pas d’engrais, nettoyage de haies autour des bâtiments ; l’aménagement des paysages). Mr Delbos rénovera ainsi son ancien four à pain ainsi que ses chemins d’accès, et aussi il pourra obtenir des subventions pour sa culture de noix. Cette aide aux investissements reste quand même difficile à obtenir vu les exigences du dossier, et avec le retour de la droite au pouvoir modifiant les CTE en CAD, l’aide à l’investissement disparu. L’U.E assura aussi un 2nd type d’aides pour la rénovation d’habitat rural via le Fonds de développement en zone rurale, plafonnée à la hauteur de 20000 euros, avec lesquels la famille Delbos pu rénové ce que est aujourd’hui un gîte rural. Le département attribue aussi des aides pour la rénovation de bâtiments, ce fut le cas chez le couple Verlhiac au hameau du Chaffour. Petits exploitants depuis plusieurs décennies, la famille habitant ce petit hameau bien desservi par sa proximité à la route départementale a vu son ancienne ferme rénovée grâce aux aides du conseil général. L’intercommunalité de la vallée de la Vézère regroupant 12 communes, n’intervient quant à elle sur le tourisme que de manière globale et public, en visant tout d’abord à ce qui peut promouvoir l’espace dans son ensemble ; aménagement des axes routiers stratégiques, promotion de lieux typiques (création de la carte d’hôte), aménagement de circuit de randonnée. L’accent est mis sur les biens publics.


Région diversifiée dans le domaine agricole, le Périgord se voit doter d’un certain nombre d’autres atouts menant vers une transition relativement réussie. La variété des produits agricoles déjà ou toujours exploités témoigne d’une diversité aussi sur le plan paysager : bovins de viande ; élevage laitier ; moutons, caprins, tabac ; asperges ; volailles ; noix, fraises… Parmi cette variété, les produits à haute valeur ajoutée sont ceux qui passeront le mieux le cap de la réforme de 1992. Comme il a été dit plus haut, les élevages comme le lait ou la viande deviennent moins rentable. C’est aussi le cas du tabac, une culture fortement implantée dans le Périgord, en structurant même l’agriculture en général depuis le 19ème siècle. Il reste encore des anciens séchoirs à tabac dans certaines des villes. C’est donc dans certains domaines, comme celui du quasi emblématique foie gras, que les agriculteurs trouvent un nouveau salut. Ces produits à haute valeur ajoutée permettent d’assurer une part nécessaire dans les revenus globaux d’une exploitation, grâce au travail apporté sur la matière brute. Le foie gras est le produit dans lequel s’est spécialisé la famille Verlhiac, limitant sa production agricole aux maïs et céréales nécessaires pour le gavage d’oies. Le panel assez large de la production ne limite pas à ce seul produit la richesse de cette région. Chez les Delbos, on a choisi de faire de la noix, à partir de laquelle est extraite de l’huile de noix. Ces produits sont ensuite vendus dans des magasins généralement sur les lieux même où vivent les vacanciers. Il existe chez les 2 agriculteurs déjà évoqués un magasin, parfois même subventionné grâce à des aides européennes. Mais la vente des produits ne se limitent pas toujours à la vente à la table, en témoigne la femme de Didier Delbos, qui dit vendre ses produits dans une grande surface Intermarché du bourg voisin. Et même 2 fois par an, lors des 6 mois de non-tourisme où sont fabriquées les noix, le couple part en Bretagne dans les villes de Rennes puis de Brest pour participer à des salons gastronomiques où ils promeuvent leurs produits. Dépassant la simple cible « touriste-client», l’agriculture à haute valeur ajoutée semble pouvoir trouver de nouveaux débouchés pour les consommateurs de toute la France à la recherche d’authenticité gastronomique. L’agrotourisme trouve aussi parfois expression dans la restauration. Sur un modèle similaire aux chambres d’hôtes, le fermier accueille chez lui les clients qui viennent déguster les produits qui l’a fabriqué lui-même, ou parfois acheté dans la région à condition qu’il respecte les normes AOC. Chez Mr Gaillard, au hameau du Grand Coderc, le canard au menu est élevé puis gavé par ses soins avec le maïs cultivé lui-même. Idem pour le vin proposé, tiré de ses quelques vignes. Le fromage, de qualité AOC, est acheté à un autre agriculteur local.

Le retour sur l’évolution globale du tourisme dans le Périgord laisse apparaître certains enjeux décisifs quant à l’avenir. De nombreux agriculteurs interrogés ont eux-mêmes fait état de leurs nombreuses interrogations dans ce contexte de déprise agricole sur la région. Didier Delbos médite quant à l’opportunité de se consacrer plus encore au tourisme. Alors qu’en 2012 les agriculteurs du Périgord, comme les autres agriculteurs européens, devront s’être adaptés aux nouvelles normes européennes, l’heure est à envisager cette période de transition.

De plus, l’attrait touristique pour la région met au jour de nouvelles problématiques spatiales, dans un territoire où la spéculation économique se développe. La prise en main de la question de l’aménagement du territoire par les institutions locales est source de débat et elle a porté sur la place public le débat sur ce phénomène initié par les agriculteurs, et qui tend parfois a les dépasser.

Aujourd’hui encore les agriculteurs ou enfants d’agriculteurs désireux de rentrer sur ce marché de l’agrotourisme sont nombreux. Alors que la saturation de marché approche, il semble que ce sont les initiateurs mêmes qui peuvent le mieux se sortir de cette situation face à l’essor d’une concurrence. André Lajoignie, ancien producteur de tabac et qui produit encore un peu de lait aujourd’hui , complétant ses sources de revenus par l’agrotourisme au hameau de Larnaudie, se prête fort au jeu de la concurrence. Bien qu’engagé dans l’agrotourisme depuis 1992 après que l’apparition des quotas ait compliqué ses chances dans la seule agriculture, sa position aujourd’hui privilégiée dans ce nouveau domaine l’avantage, mais n’empêche pas qu’il doit compléter sa gamme d’offre. Pour préserver son avantage déjà acquis (ses gîtes et chambres d’hôtes sont occupés 25 semaines par an, la moyenne est a 14), il a investit dans des buggys, petits engins automobiles dans la lignée des quads, ou il propose encore à ses vacanciers des randonnées dans la région. Récemment, son beau-fils lui a construit un site internet pour promouvoir son offre. D’un air assuré dans le domaine financier, la femme de Didier Delbos évoque elle aussi la nécessité actuelle de « faire la différence » par rapport aux autres agrotouristes. En effet, cette activité de l’agrotourisme impose une différenciation en terme de budget avec l’activité agricole, et aussi, une manière différente d’appréhender la rentabilité. Quitte parfois à dévier un peu de l’agriculture comme produit touristique. L’image du terroir agricole reste quand même pour beaucoup le but principal des touristes, et les agriculteurs engagés dans le tourisme le savent. Les vacanciers, français, et d’une autre part étrangers pour beaucoup (anglais, néerlandais, américains, et plus récemment de l’Europe du sud) viennent rechercher l’authenticité qu’ils ne retrouvent pas ailleurs. Mais parfois, ces consommateurs de plus en plus réguliers préfèrent acheter d’anciennes fermes qu’ils rénovent, trouvant plus rentable que de faire de la location tout les ans. Les mécanismes économiques produisent alors une augmentation des prix, face à l’augmentation de la demande, et à la baisse des fermes disponibles. Certains anciens agriculteurs participent même à ce phénomène en survalorisant leur bien lors de la vente. Le prix élevé des différentes visites (8 euros aux grottes de Lascaux) témoigne de l’augmentation du niveau de vie dans la région.



Les décisions politiques ont fini par faire écho à cette situation pouvant devenir mauvaise pour le développement de la région. Le président de l’intercommunalité, Jean-Michel Lachaise (PS), évoque ainsi le problème d’un enrichissement artificiel de la région, alors que ces nouvelles populations de touristes ne sont que saisonnières, n’empêchant pas le vieillissement de la population, elle ne contribue quasiment pas au développement économique de la région. De plus, l’attrait pour le logement dans la région finit par poser une question d’un autre ordre ; celle de savoir s’il doit y avoir une ligne directrice dans la régulation de la construction de logements. Sur la carte communale, équivalent du Plan Local d’Urbanisme et donnant des prescriptions sur les terrains, de nombreux espaces restent encore « constructibles », et cela sans prescriptions de l’ordre architectural pour préserver l’esprit de la région. Les anciens agriculteurs aussi peuvent donc être tentés d’acquérir une plus-value confortable sur la vente d’un terrain constructible, mais l’acheteur qui aura déjà dépensé une somme conséquente pour le terrain ne pourra alors parfois pas construire sa maison dans le respect du style architectural périgourdin. Cette peur d’une dénaturation des paysages périgourdins tend parfois à s’opposer dans les débats aux partisans de la régulation d’une homogénéisation territoriale dans le Périgord. Aujourd’hui, peu d’espaces sont classé dans la catégorie « site à préserver » ; c’est le cas pour le centre historique du village de Saint-Amand de Coly. Sur les espaces non-classés, la peur d’une arrivée anarchique de nouvelles maisons attirées par la qualité agrotouristique de la région demeure au sein d’une partie de la population.

Aujourd’hui, le maintien d’un tissu agricole encore présent sur la région du Périgord permet une préservation de la qualité des paysages et des richesses. Mais même si les productions à haute valeur ajoutée constituent une source de richesses qui parvient encore à s’harmoniser avec un tourisme agricole dynamique, le manque de régulation en matière d’aménagement des nombreux flux touristiques risquent de dénaturer les paysages, et peut être à long terme le tourisme agricole lui-même, pourtant à la base du développement dans la région. Et les produits à haute valeur ajoutée, eux-mêmes concurrencés à une plus petite échelle par les autres produits comme le biologique, seront-ils suffisamment fort pour tenir à la concurrence ? La situation actuelle charnière dans l’agriculture en France et dans le Périgord parait décisive.

Mais ces perspectives plutôt sombres sur l’avenir de la région ne doivent pas non plus cacher l’attachement fort au territoire de ceux qui l’habitent, et qui avec les outils politiques du local peut encore exprimer un contre-pouvoir à un développement touristique incontrôlé qui remplacerait un développement agrotouristique.



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  • One response to Stage dans le Périgord Noir: La pluriactivité – Agriculture et tourisme

  • Bah Elhadj Thiérno Sadou
    21:18 on février 16th, 2011

    C’est claire et bien détaillé. J’encourage que tu valorises ton site.
    Et partages des méthodes avec des étudiants.
    Merci et du courage.


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