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Le « Petit-Colombes » demain, un territoire central ?

Evolution des densités, pratiques et images des rives de la RD 992 à Colombes – Densification et évolution de l’espace vécu en petite couronne parisienne – Résumé de mémoire universitaire soutenu en septembre 2008 sous la direction d’Antoine Brès – Magistère Aménagement et Urbanisme – Paris 1 – Panthéon Sorbonne. 135 pages.

La porte du Grand Colombes“, ”Les Champs-Elysées de Colombes”, ”Nouveau boulevard urbain”,Les portes de La Défense“… Les enjeux économiques, politiques et sociaux ouverts par l’évolution des rives d’un axe d’importance régional stimulent les volontés politiques d’associer à un événement urbanistique un projet capable de trouver sa place dans les pratiques et les images locales de la cité. La RD 992, désignée “boulevard Charles de Gaulle” dans sa partie traversant l’ouest de la commune de Colombes, se situe au coeur du processus de densification de la petite couronne parisienne observée depuis les années 1970. Comme sur d’autres radiales franciliennes, l’urbanisation participe ici à un englobement de l’urbain existant, et de ces centralités, à partir des rives de l’axe.

D’une conception fonctionnaliste de la ville à des logiques attachées à l’image, l’évolution de ce quartier fragmenté bouleverse les formes de l’espace vécu du Petit Colombes. Alors que le “rond-point du Petit-Colombes” ou le croisement des rues “Colbert/Gabriel Péri” apparaissent aujourd’hui comme des centralités éteintes, l’analyse de certaines parties du territoire montre la constitution de nouveaux centres. Les opérations ponctuelles réalisées le long de l’axe semblent essayer de s’intégrer de manière nouvelle à l’espace public, en anticipant l’effet “structurant” du tramway apte à générer de la riveraineté le long de l’axe. Cette question de l’intégration des îlots riverains à la voie en lien avec la modification des conditions de circulation en petite couronne reste peu traitée aujourd’hui, alors qu’elle constitue un des principaux mode de production de la ville aujourd’hui. C’est ce constat qui justifie la problématique suivante: la densification radiale en petite couronne est-elle l’occasion de redéfinir, voire dépasser, la conception en terme de centralité de l’espace vécu ?

L’explication de l’évolution des centralités en petite couronne grâce à l’approche en terme d’inscription territoriale des mouvements et des formes de riveraineté (BRES, 2003) s’avère éclairante dans le cas du boulevard Charles de Gaulle (RD 992), voie radiale d’importance de l’agglomération parisienne et de La Défense. Territoire de rejet d’activités industrielles caractérisé par un urbanisme de bloc et de rives pavillonnaires étendues, le Petit-Colombes s’est construit au long du 20ème siècle dans un face à face opposant acteurs de l’aménagement étatiques et communaux. L’expression de ce conflit d’acteur s’illustre par la servitude d’élargissement pesant sur les parcelles en façade du boulevard jusqu’en 1975, empêchant tout construction nouvelle ou réhabilitation.

30 ans après l’aménagement du profil actuel du boulevard, la requalification de la voie annoncée par l’arrivée du tramway enclenche une rénovation de ses rives, au cœur de laquelle s’impose l’image d’une certaine modernité incarnée par la CBD de La Défense. Le passage d’une situation de sortie de ville (années 1980) à celui d’un « boulevard urbain » (années 2020 ?) se réalise selon trois dimensions – la riveraineté, l’image, et les fonctions – au premier plan de laquelle la riveraineté, et la capacité du quartier à « faire halte », apparait comme un des facteurs majeur de la renaissance en terme de centralité du Petit-Colombes. Cette définition de la centralité au Petit-Colombes permet d’établir un certain nombre de constats quant à l’évolution présente et future du quartier.

Les évolutions récentes des formes urbaines du boulevard et de ses rives dessinent 3 grandes séquences correspondantes aux futures haltes du tramway, autour desquelles s’affirment des formes plus ou moins concrètes de centralités: la centralité « Rond-point », marquée par l’image de sortie de ville « finie » par l’autoroute, dont l’intermodalité T1-T2 prévue pourrait reconstituer une trame commerciale aujourd’hui pauvre. La centralité « sud » affiche une image « moderne », mais reste ségrégée de la ville et du boulevard par une intégration de la voiture dissociée de la voie, de sorte que l’espace vécu des cols-blancs de ce secteur ne franchisse pas la rive est du boulevard. Troisième centralité structurée par le tramway, le carrefour des quatre chemins, entre-deux des territoires du Petit-Colombes et du Petit-Nanterre dont la centralité commerciale demeure encore, malgré la reconstitution des équipements publics sur les rives nord du boulevard.

Il ressort des évolutions récentes qu’aucun de ces espaces ne s’affirme en lui-même à travers les trois conditions de la centralité définies. C’est ce qui justifie l’enjeu de la couture de ces trois espaces dans un dessein de « boulevard urbain ». Le projet de « boulevard urbain commercial » revendiqué par le pouvoir politique à travers l’expression de « Champs Elysées de Colombes », se heurte à des limites, puisque la fonction résidentielle du quartier s’est en certains lieux intensifiée, et que le renouvellement des types de commerces reste modéré. Si l’évolution du boulevard tend à constituer un espace vécu mis sous tension autour de l’ensemble du boulevard, le choix de l’essor d’un pôle hôtelier (ZAC Charles de Gaulle et ZAC Marine), ou d’une certaine intégration de la voiture dissociée de la voie, limite la possibilité de riveraineté.

L’idée générale que l’on pourrait retenir à l’issue de l’analyse de l’évolution des espaces vécus du Petit-Colombes est que la requalification de la voie par le tramway ne suffit pas à elle-seule à revitaliser les pratiques d’un lieu. Assurer les modalités de la halte automobile selon une configuration propice à générer de la riveraineté est tout aussi important, car si la circulation automobile diminuera manifestement sur la RD 992, elle restera encore un vecteur majeur d’urbanité à prendre en considération. De même que la question des modalités de la halte des circulations cyclistes et deux roues apparaissent décisives. Enfin, on retiendra l’idée que l’empreinte sociologique inhérente au territoire doit être prise en compte dans le projet, afin que la 3ème phase de rénovation du boulevard ne créée pas un nouveau traumatisme urbain. L’urbanisme « vernaculaire » apparaît dans cette perspective comme essentiel dans la mise sous tension des espaces centraux à l’image du carrefour des quatre chemins, ce que les logiques financières appliquées jusque là n’avaient réussies à faire que faiblement avec le développement hôtelier du boulevard. A ce titre, le territoire du Petit-Colombes et ses inerties recèle de qualités sociales, économiques, géographiques, et patrimoniales, pouvant constituer le nouveau point de départ de la pacification, puis du développement, du boulevard.

Mémoire universitaire – Le « Petit-Colombes » demain, un territoire central ?

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