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Regards sur l’Arménie: villes et campagnes

Pays de montagnes peuplé de 3 millions d’habitants, l’Arménie se situe à la croisée des grands pays que sont la Russie, l’Iran et la Turquie. Géographie, économie et culture font les récits d’un peuple et d’un territoire marqué par de nombreux évènements qui révèlent, au fil de leur découverte, le paysage d’une société en proie à de nombreuses crises. Mais malgré les difficultés à se relever du séisme désastreux de 1988 et d’une structure économique obsolète héritée de l’époque soviétique, la société arménienne reste profondément soudée par les ressorts d’une solidarité entre individus qui semble permettre aux esprits d’échapper au fatalisme.

Erevan et ses 1,5 millions d’habitants constitue ce que les géographes appellent une macrocéphale. A la tête de la structure urbaine du pays, elle concentre à elle seule la moitié des habitants de la république caucasienne. Chacun a, en quelques sortes, un pied dans la capitale. Une chanson du moment intitulée Yerevan, Yerevan dessine le portrait de cette ville dynamique, festive et où les lendemains semblent voués à de meilleurs hospices qu’à la campagne, à une nouvelle génération en soif de s’intégrer à autre chose qu’à l’économie informelle ou à une économie agricole en perte de vitesse après l’embolie de la libéralisation du système productif agraire. Les projets de grands travaux vont bon train, et les urbanistes redessinent peu à peu le visage de Yerevan. Au cœur de la capitale, la percée d’une nouvelle grande rue joignant le quartier de l’Opéra à l’immense place de la République devra bientôt arriver à terme, et l’on ne peut s’empêcher de penser, en observant les fondations géantes et les nouvelles perspectives créées, aux chantiers d’Haussmann et de Cerda qui ont orné les grandes villes européennes de leurs avenues somptueuses. Au Nord, la pharaonique Cascade, en réalité sèche, domine le centre-ville. Financé par un milliardaire arménien expatrié aux États-Unis, le monument devrait être le point de départ de la construction d’un nouveau quartier culturel, lieu d’exposition de la riche culture arménienne.

Bien au-delà des lumières de la ville-capitale, ce sont les lumières du monde qui font rêver la jeunesse arménienne. A l’image de cette diaspora qui a su parfois réussir, en France ou aux États-Unis, et qui permet grâce à des envois d’argent d’aider l’Arménie à ne pas sombrer plus encore. Derrière Israël, l’Arménie est le pays qui reçoit le plus d’aides par habitants au monde… à l’instar de Gyumri et de Stepanavan, au Nord du pays, ravagées par le séisme de 1988 et qui bénéficièrent par la suite des aides financières importantes fournies entre autre par l’emblématique Charles Aznavour. Mais les aides ne suffisent pas pour que le pays se relève complètement, et alors que certains quartiers de Gyumri ont vu s’ériger de nouveaux immeubles pour loger les sans-abri du séisme, d’autres ont vu arriver des habitations aux allures de bidonvilles. A l’échelle du pays, la baisse de l’espérance de vie depuis maintenant plusieurs décennies traduit le gouffre en matière de système de santé qui a suivi la chute du soviétisme.

Il semble rester beaucoup à faire pour que le pays trouve sa voie. En attendant, on s’en remet à la solidarité en se raccrochant à l’entraide et à la cohésion offerte par certaines institutions comme le mariage (the stupid necessity !). Cependant, la crainte d’une atomisation de la société éprouvée par certains semble attiser les sentiments d’une perte des valeurs, et le vote nationaliste à l’occasion des divers scrutins semble l’exprimer. Dans ce sens, les mauvaises relations avec les voisins turques et azéries, à propos de la reconnaissance du génocide arménien pour le premier, et concernant des revendications territoriales pour le second, contribuent à attiser les passions, et à pousser l’Arménie à se rapprocher plus encore des voisins iraniens et russes sur la scène diplomatique régionale.

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