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Le stade Yves-du-Manoir de Colombes, lieu de mémoire

Lieu de renommée nationale et internationale (Jeux Olympiques d’Eté de 1924, finale de la Coupe du Monde de football de 1938, hôte de l’équipe de rugby du Racing Métro 92 dans les années 2000/2010), le Stade Yves-du-Manoir fait l’objet d’un travail historique et mémoriel mené par le Comité Historique pour le Stade Yves-du-Manoir. Les recherches historiques au travers de deux ouvrages clés – « Les camps français d’internement », de Daniel Pechanski et « Les barbelés de l’exil » de Gilbert Badia – a permis de mettre en lumière la position qu’avait le stade de Colombes à l’aube de la 2nde guerre mondiale, contexte de guerre entre la France et l’Allemagne, dans lequel le terreau de la xénophobie a contribué à normaliser la logique de camp d’enfermement. Fin 1939, le Stade de Colombes est ainsi balisé en son entrée d’un panneau l’annonçant comme le « Camp des indésirables« .

Projet de mémoire visant à mettre en valeur un moment peu connu de l’Histoire, il a également pour but de baliser un lieu historique au cœur d’un quartier.

Septembre 1939, la guerre est à nouveau déclarée à l’Allemagne, devenue le IIIe Reich sous la botte nazie. Les exilés allemands et autrichiens qui avaient pourtant fui le nazisme et/ou l’antisémitisme deviennent par leur nationalité, suspects. Le gouvernement de la République veut rassembler tous les hommes entre 18 et 65 ans pour en effectuer le contrôle – soit 30 à 40 000 personnes.

Comme ils sont surtout très nombreux en région parisienne, y ouvrir des camps de rassemblement auprès des camps militaires comme en province est difficile ; le gouvernement réquisitionne donc des lieux susceptibles de les accueillir par  centaines ou milliers, comme le Stade de Colombes, qui, selon les estimations en verra passer environ 20 000 entre septembre et décembre. Ensuite ? Ils seront dès septembre internés et littéralement trimballés d’un camp militaire à l’autre, en général dans l’ouest de la France – mais il y avait de tels camps sur tout le territoire, jusqu’en Algérie. Un tri est censé être fait entre ceux qui peuvent (et doivent selon leur statut de réfugiés) se mettre au service de la France, soit comme travailleurs prestataires de l’armée, soit comme engagés dans la Légion Etrangère et ceux qu’on libère (chargés de famille française, relations influentes) ou qu’on décide de garder essentiellement pour raisons politiques, parce que nazis convaincus (et donc, les seuls qui objectivement pouvaient présenter une menace en temps de guerre)… ou communistes (le parti communiste avait été interdit en octobre). Ce tri dure parfois jusqu’en avril 1940 ! Pour certains, ce sont donc 8 mois de captivité, changeant régulièrement de camp, dans des conditions parfois très difficiles, certains officiellement “libérés” étant obligés de rester derrière les barbelés faute d’autorisation de rejoindre leur domicile.

Avec l’invasion de mai 1940, tous les réfugiés, cette fois-ci femmes comprises, sont de nouveau convoqués et internés dans les mêmes camps. À partir de l’armistice, l’occupant allemand aura à sa disposition tous ces exilés, et notamment politiques, Juifs – ces derniers parfois déjà concentrés dans les mêmes camps…

Parce que cette politique, loin d’être anodine, est révélatrice d’un glissement qui a vu la République ignorer petit à petit ses principes, rappelant que la France n’est pas passée du jour au lendemain d’un régime démocratique exemplaire à une dictature pro-fasciste, celle de Vichy. Les gouvernements de la République ont agi – et réagi – en cette fin des années 1930 dans un contexte de tensions politiques très fortes, un climat de violence verbale et idéologique inouï, une montée de l’extrême-droite nationaliste, anti-républicaine, antisémite. Les propos xénophobes étaient de plus en plus courants et ces réfugiés, allemands et autrichiens – mais aussi les Espagnols fuyant début 1939 la fin de la guerre civile – étaient ouvertement et même officiellement traités d’“indésirables” – devant le stade se trouvait un panneau “Camp des indésirables”, “indésirables” car ils risquent d’impliquer la France dans une guerre dont elle ne voulait pas. Alors qu’ils cherchaient dans notre pays la liberté qu’ils avaient perdue… Un décret du 12 novembre 1938 prévoit déjà l’internement des étrangers. Quoi de plus normal alors lorsque la guerre est déclarée ? Normal ? Le Royaume-Uni, qui certes n’a pas de frontière directe avec l’ennemi mais est tout autant menacé par cet ennemi intérieur, saboteur potentiel, décide lui aussi de traiter le cas des réfugiés. Le résultat ? Effectivement des internements dans des camps. Combien ? 486… La généralisation de ces camps, ouverts dès février 1939 pour les Espagnols, multipliés avec le contrôle des Allemands, a contribué à créer une normalité du camp dont héritera Vichy.

Accéder au site Internet du Comité pour l’apposition d’une plaque sur le stade Yves-du-Manoir

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