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Dérive urbaine autour de la rénovation de la Gaité Lyrique

Les habitants du quartier de la rue Papin préfèrent l’appeler la « tristesse muette » plutôt que la « Gaité lyrique ». Entre abandon politique et projets insensés, le bâtiment construit en 1862 par l’architecte Alphonse Cusin a subi ce que certains qualifient de « désastre patrimonial », malgré l’inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Depuis le début des années 2000, le projet d’un espace de création et de diffusion voué aux musiques actuelles, et aux arts numériques, s’apprête à ouvrir une nouvelle ère pour le site. A l’heure de la course des grandes métropoles mondiales, l’objectif, défini par la maîtrise d’ouvrage, est de combler le retard accumulé par Paris dans le domaine des musiques « actuelles », à savoir le rap, l’électro et le rock, et en matière d’arts numériques. Sur le chantier, les constructeurs s’affairent à la rénovation de l’intérieur du bâtiment et à la restauration des derniers éclats architecturaux conservés du bâti original traumatisé par la furtive période du « parc de loisir », avant que ne soient mises en place les installations électroniques et télévisuelles qui donneront son âme au nouveau centre multimédia et musicale de la capitale parisienne.

D’Offenbach à la « Planète magique »

Construite en 1861 par les architectes Alphonse Cusin et Hittorf (concepteur de la place de la Concorde), la Gaité Lyrique voit le jour suite à la percée du boulevard Voltaire, alors siège du « théatre de la Gaité », qui amène à déplacer le théâtre à la rue Papin voisine. Une des plus grandes salle parisienne à l’époque, elle cherche à répondre à un des principes porté par Haussmann : »Faire des nouveaux théâtres des monuments dignes de la capitale de la France, les construire solidement et les décorer richement, y créer des accès larges et faciles, des salles bien éclairées, bien aérées…« . Le vis-à-vis avec le square des Arts et Métiers permet de mettre plus encore en valeur cette architecture pour le plaisir des promeneurs. Jean Offenbach, qui en prend la direction à partir de 1872, contribue à faire du lieu le « temple de l’opérette »: récitals de Georges Guétary, des Compagnon de la Chanson, ou de Luis Mariano, feront de cette époque celle qui fait aujourd’hui le plus mémoire aux parisiens. Au début du 20ème siècle, la Gaité accueille le succès des ballets russes. Après les guerres mondiales, le lieu s’endort progressivement, accueillant encore quelques représentations, et malgré l’accueil d’une école de théâtre entre 1972 et 1978. Entre problèmes de sécurité et un portage politique de la ville peu enthousiaste, la Gaité se ferme sur le quartier jusqu’à la fin des années 1980.

Alphonse-Adolphe Cusin (1820-après 1895)Théâtre de la Gaîté, élévation de la façade principale et profilsVers 1861Mine de plomb, plume et encre noire, aquarelleH. 68,7 ; L. 102,7 cmParis, musée d’Orsay© Photo RMN, René Gabriel Ojéda

Dans les années 1980, Jean Chalopin, producteur de dessins animés, lance un projet de parc de loisirs en partenariat avec la Ville de Paris qui engage près de 26 millions d’euros. « La planète magique », ouvre à la fin de l’année 1989… elle est un échec cinglant au bout de quelques semaines. La réhabilitation du bâtiment s’élève à la somme de 280 millions de francs, soit près de 43 millions d’euros, et entraîne la destruction de la quasi-totalité de l’ossature du bâtiment. La grande salle à l’italienne de 1 800 places, et la fosse accueillant les orchestres, sont détruits. Il reste aujourd’hui de l’architecture initiale, suite à cette rénovation brutale, le hall d’entrée, le foyer, et surtout la façade de l’immeuble, des sculpteurs Eugène-Louis Godin et Amédée-Donatien Doublemard. Décomposé en trois ensembles caractérisés par des séries d’arcades, la façade est surmonté de loggias au premier étage. Elle donne à voir un édifice somptueux et au promeneur depuis le square des Arts et Métiers.


Le nouveau projet, entre « musique actuelle » et « arts numériques »

La nuit blanche de 2002 rouvre le lieu aux parisiens qui découvrent ce « lunar park », contrastant l’historicité de sa façade au futurisme ringard de l’intérieur avec les décors du parc de loisirs. Entre annonce politique et magnification architecturale, l’éphémère de l’évènement Nuit Blanche, mis en place pour l’occasion par un scénographe, contribue à interpeller et questionner les passants sur l’existence de ce lieu. La partie du projet voué aux « arts numériques » constitue l’apport majeur de la réhabilitation du site. La rénovation conduite par le maître d’œuvre « Manuelle Gautrand Architectes » prévoit la restauration des derniers héritages architecturaux du bâtiment décrits plus haut: la façade, l’entrée, et le foyer. Minoritaires, ces éléments composent 400 m² sur une surface totale de 10 000 m². Le projet annonce donc surtout le remodelage complet de l’intérieur du bâtiment.

Façade la Gaité Lyrique en chantier, vue de puis le square des Arts et Métiers

Photographie: Alexandre Laignel, Janvier 2009

Rompant avec la logique du musée monofonctionnel, la Gaité se voudra un espace de production artistique, avec une grande salle de spectacle de 308 places en spectacle (950 en concert), un théâtre des médias, et une salle de conférence d’environ 100 places chacun. A ces espaces dont la vocation sera clairement définie, l’architecte prévoit des « espaces de respiration », réponse aux besoins exigeant du marché de définition. Pour l’essentiel ces espaces accueilleront la partie « création » ainsi que les lieux « publics »: expositions, médiathèque, ainsi que les cafés, et les accueils des publics. Modulables en fonction des évolutions des usages, ces espaces pourront être réaménagés pour mettre en lien, ou bien cloisonner, les grands ensembles du bâtiment.

Certains éléments hérités de la période « parc de loisirs » seront aussi réutilisés pour reconstituer le nouveau projet. Si cette période apparaît négativement dans l’histoire du lieu, la conservation de certaines de ces traces s’imposent parfois, comme pour les murs et les planchers, et dans d’autres cas elle se veut un acte du refus de reproduire à nouveau une table rase, à travers la conservation de certains éléments de qualité.

WEBOGRAPHIE

Le Moniteur – http://www.lemoniteur.fr/actualite/architecture_maitrise_oeuvre/travaux_theatre_parisien_gaite_lyrique/D8857CB21.htm

Dossier de presse de la Ville de Paris sur le projet – http://www.paris.fr/portail/Culture/Portal.lut?page_id=7518

Article du journal « Le Figaro » –

http://www.lefigaro.fr/culture/2008/01/05/03004-20080105ARTFIG00399-la-gaite-lyrique-transformee-en-temple-des-arts-numeriques.php

Site internet de l’ancien parc d’attractions « Planète Magique » – http://planetemagique.free.fr/index2.html

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