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Quel aménagement durable pour le Bassin d’Arcachon ?
Dossier d’étude universitaire, réalisé d’octobre 2008 à février 2009 par Judith Commenges, Alexandre Laignel, et Clémence Liberge

Le Bassin d’Arcachon se situe sur la côte Atlantique, dans le Sud Ouest français, à environ cinquante kilomètres de l’agglomération bordelaise, à laquelle elle est reliée par l’autoroute A63. Le site du Bassin d’Arcachon est encadré par l’Atlantique à l’Ouest, le Médoc au Nord, l’agglomération bordelaise au Nord est et les Landes au Sud.

Construit autour d’un milieu naturel de type lagunaire, le territoire arcachonnais est caractérisé par une grande fragilité environnementale. Ses écosystèmes complexes s’appuient sur des dynamiques hydrauliques générées par la géomorphologie propre au Bassin, et par des formes de végétation originales développées sur les vasières où viennent se nourrir des espèces animales spécifiques. Or si ce sont les écosystèmes et le paysage qui font la particularité du site, leur fragilité d’origine est ici aux prises des nuisances et pollutions anthropiques produites par différentes activités. Et si les effets du changement climatique modifient la structure de la demande et de l’offre touristique, les activités touristiques elles-mêmes font également partie des causes de ce changement climatique (consommation et diffusion des énergies).

Selon les organismes gouvernementaux en charge du tourisme, est considérée comme touriste « toute personne en déplacement hors de sa résidence habituelle pour une durée d’au moins une nuit et de quatre mois au plus, pour l’un des motifs suivant : agrément (vacances, week-end), santé (thermalisme, thalassothérapie, etc.), missions ou réunions de toutes sortes (congrès, séminaires, manifestations sportives, pèlerinage, etc.), déplacements professionnels, voyages d’affaire et voyages scolaires. »[1] Or le Bassin d’Arcachon est un lieu de tourisme très fréquenté, notamment pour son offre en tourisme d’agrément, caractérisée par des sites emblématiques tels que la Dune du Pilat, le Cap Ferret ou encore l’Ile aux oiseaux. Le Bassin se caractérise également par des activités phares qui fondent son attractivité et participent à son capital paysager: pêche, ostréiculture et plaisance.

Illustrant parfaitement la dialectique tourisme/milieu fragile, le cas d’étude du Bassin d’Arcachon nous a semblé faire « école » en matière de solutions à proposer en termes d’aménagement. Territoire dont l’évolution est suivie par de nombreux scientifiques, le Bassin d’Arcachon est à l’origine d’une quantité de recherches et de publications importantes, dont nous nous attacherons à faire l’écho tout au long de cette étude. Le lieu a ainsi été choisi pour constituer un premier laboratoire de suivi de l’évolution des milieux littoraux fragiles en Europe par l’outil de la photographie aérienne. De plus, le Bassin d’Arcachon attire l’intérêt des scientifiques de par les caractéristiques de ses systèmes dunaires. C’est pourquoi il nous a paru tout à fait intéressant de travailler sur les problématiques liées à l’environnement, au tourisme et à la diversité des activités économiques sur le Bassin d’Arcachon.

Etant donné la variété des problématiques et enjeux abordés, et la volonté d’analyser au mieux, à la fois leur complexité et leur imbrication, il nous a semblé cohérent de varier les échelles d’observation. C’est pourquoi notre périmètre d’étude sera redéfini en fonction des types d’approche, selon que l’on s’attache à la géomorphologique du bassin, à l’échelle géographique (les communes riveraines du bassin), ou bien à l’échelle administrative comprenant des paramètres plus larges. Malgré la diversité de ces approches, notre point focal demeurera le Bassin d’Arcachon, en tant que bassin d’eau et les communes qui lui sont riveraines. Or il se trouve que ce périmètre correspond à celui choisi par le Syndicat Intercommunal du Bassin d’Arcachon (SIBA) et nous le verrons plus tard, cette échelle apparaît comme la plus pertinente face aux problématiques en jeu sur le Bassin.

La diversification des activités économiques a participé au développement historique du Bassin d’Arcachon. De cet état de fait découlent deux problématiques majeures pour la compréhension globale de ce territoire : dans quelle mesure le maintien de ces activités représente-il aujourd’hui une alternative à la saisonnalité inhérente au tourisme ? Et en quoi la diversification des activités économiques est-elle à la fois un moteur économique et un frein potentiel au développement touristique durable ?

Nous nous attacherons dans un premier temps à identifier les clés du succès arcachonnais, qui fondent aujourd’hui les atouts du territoire. Milieu naturel aux caractéristiques exceptionnelles très anciennement approprié pour des pratiques « touristiques » en lien avec le bassin, le lieu a construit son succès d’une part sur la valorisation des capitaux environnementaux et paysagers, et d’autre part sur une fixation de certains touristes permettant le développement d’activités économiques résidentielles pérennes (services, commerces, équipements). Aujourd’hui, le Bassin d’Arcachon cherche à allier développement touristique, multi saisonnalité, et préservation du milieu.

Le deuxième temps de la réflexion permettra d’appréhender l’objet des conflits d’usage existants ainsi que les dynamiques larges dans lesquels ils s’inscrivent. La pression démographique, à l’origine d’un accroissement des activités touristiques et économiques différentes, pose aujourd’hui avec force la question des conflits d’usage. Si le tourisme constitue un agent actif (à priori négatif) sur les écosystèmes, d’autres acteurs (industrie, pêche, agriculture) tiennent un rôle important dans la production des nuisances et des pollutions. Cette diversité des rôles est prégnante dans la perspective de la résolution des conflits, et de l’identification du rôle tenu par chacun dépend l’intelligibilité et le partage du diagnostic environnemental des « consommateurs du territoire », sous-tendant la mise en œuvre des politiques pour un tourisme « durable ».

Dans un dernier temps, nous analyserons les objectifs des politiques mises en œuvre aux différentes échelles d’actions. Alors que le triptyque Europe-Région-Intercommunalité constitue un modèle généralement présenté comme d’avenir, la réalité relativise l’importance de la Région, et continue de donner un poids notable à l’Etat-arbitre et l’Etat coordinateur. D’autre part, l’échelle locale, voire de l’entreprise et de l’individu, apparaît comme le vecteur principal de mise en œuvre de la gestion environnementale.

[1] SOURCE, Centre national de ressource du tourisme et du patrimoine rural, www.source.asso.fr

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