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Déclin et aménagement du territoire à Nouzonville
Terrain d’étude : Commune de Nouzonville – Communauté d’agglomération Cœur d’Ardennes

Étude réalisée d’octobre à décembre 2007 par
Alexandre LAIGNEL
Alice PERRET
dans le cadre de l’enseignement « Aménagement du Territoire » dirigé par
Catherine Carré et Sylvie Fol.

Problématique : Déclin territorial et nouvelles échelles de l’aménagement à Nouzonville: soins palliatifs ou renouveau territorial ?

Le nord-est de la France affronte depuis maintenant plusieurs décennies une succession de crises majeures. Parmi les territoires les plus touchés, le département des Ardennes : pour l’INSEE, c’est un espace du territoire français parmi les plus « monospécialisés » économiquement que la désindustrialisation touche gravement ; pour ses habitants, c’est un territoire marqué à jamais par l’empreinte de grands noms de l’industrie comme Thomé-Génot à Nouzonville, entreprise construite sur le modèle du capitalisme paternaliste. Depuis les années 2000, l’apparition de nouveaux phénomènes économiques bouleverse plus encore la cohérence de ce territoire où l’industrie est prégnante: « capitalisme sauvage » et nouvelles délocalisations transforment peu à peu les paysages des rives de la Meuse.

Les enquêtes réalisées par des sociologues et des journalistes sur Nouzonville depuis plusieurs années constituent tout autant de témoignages et d’analyses riches en enseignements sur les conséquences des crises industrielles successives. Parmi les leçons tirées, le fait territorial à Nouzonville, où comment la cohabitation entre des hommes, un espace, et des activités arrivent à produire un « territoire vécu » propre, à tel point que la mort des activités entraîne irrémédiablement une crise bien plus grave que le chômage. Face à une crise, peut être un « déclin territorial », on ne peut qu’interroger les réponses apportées en terme d’Aménagement.

Alors qu’on parlait il y 50 ans de lutter contre « Paris et le désert français », on préfère aujourd’hui renforcer les pôles urbains existants, mais sans mettre de côté l’objectif de mise en réseaux. Les nouveaux acteurs institutionnels (intercommunalité, Union Européenne), ainsi que les nouveaux préceptes de l’Aménagement du Territoire en France, contribuent à cette évolution des politiques publiques. Commune enclavée à toutes les échelles, Nouzonville se placerait plutôt aux marges des territoires visés par ces politiques. Quelles perspectives restent alors ouvertes à ce territoire pour répondre aux crises ? On évoque les volontés de maintenir une « industrie glocale », ou encore d’une revitalisation par le tourisme vert. Au regard des crises à l’œuvre sur ce territoire, il convient d’évaluer la portée réelle que peuvent atteindre ces projets, pour peut être parvenir à mieux diagnostiquer les besoins réels du territoire.

Similaire et en même temps différent des autres communes du nord-est de la France, le diagnostic des atouts et crises du territoire de Nouzonville dressera les différents contextes (Partie 1) dans lesquels la commune fait face à de nouveaux phénomènes économiques depuis le début des années 2000 (Partie 2). Enfin, nous verrons dans quelle mesure les nouveaux acteurs de l’Aménagement, ainsi que les nouveaux objectifs de revitalisation des pôles urbains et de reconversion économique des territoires industriels enclavés, semblent répondre aux enjeux posés (Partie 3).

Atouts et crises du territoire, un diagnostic

Une vallée industrielle enclavée


Située sur la bande historique industrielle du nord-est français allant de la région Nord à la Lorraine, l’Ardenne Française (espace septentrional du département Ardenne comprenant Nouzonville) est une région marquée par de hauts plateaux de forêts sylvestres encaissés par de nombreux cours d’eau, voir parfois des ravins. La géomorphologie tourmentée et la forêt caractérisent ce territoire divisé entre exploitation forestière et production industrielle. Outre les nombreuses petites villes héritées d’un passé artisanal et industriel prospère, la région est parsemée d’un ensemble de maisons dispersées au patrimoine architectural typique rappelant les ressources géologiques de la région (maçonnerie de schiste de joint terreux et pierre de tailles apparentées pour les murs, ou encore tuiles fabriquées à partir de l’argile de la région). Les caractères vert et architectural de la région devraient mener dans les années à venir à l’aboutissement du projet de parc naturel régional initié par la région aux côtés des services de l’Etat.

A première vue, les ressources géologiques de la région sembleraient expliquer l’implantation de l’industrie métallurgique dans la vallée de la Meuse. Le minerai présent dans les crêtes pré-ardennaises, les forêts, les rivières aux eaux vives sont autant d’atouts exploités par l’économie locale. Pourtant, ce ne sont pas les ressources ponctuelles et dispersées en fer qui ont fait l’orientation industrielle de la région. Si les Crêtes pré-ardennaises offraient un large gisement de minerai, il n’y avait pas de fer dans le Massif ancien du moins pas sous une forme vraiment exploitable. Plus que la proximité aux ressources géologiques, c’est l’héritage urbain médiéval qui explique la situation des activités industrielles aujourd’hui. Situé sur l’hinterland débouchant sur les grands ports flamands grâce à l’accès à la Meuse, la situation de Nouzonville, à l’image de ses voisines, permettait l’acheminement aisé des ressources en minerai exploitées sur place. Plus généralement, c’est de la situation stratégique sur l’ancienne grande route commerciale, joignant le sud de l’Europe à la Belgique à l’époque médiévale, dont le chapelet de ville situées le long de la Meuse a pu s’appuyer pour se développer : sur les affluents de la Meuse ; le Chiers (Carignan, Douzy), la Semoy (Les Hautes Rivières), et surtout le long de la Meuse elle-même : Mouzon, Sedan, Charleville-Mézières, Nouzonville, Bogny-sur-Meuse, Monthermé, Revin, Fumay, Vireux-Molhain et enfin Givet à la frontière Belge.
L’essaimage des villes le long de la Meuse, du fait de la structuration des villes préindustrielles à l’époque médiévale, est un handicap car il reflète l’émiettement des structures techniques et financières : très rares sont les établissements qui dépassent les 100 salariés. De fait, les entreprises sont très dépendantes de donneurs d’ordres puissants qui finissent par imposer leurs prix en jouant sur leur poids dans les négociations. Les spécialités, d’abord artisanales, sont apparues dans les villages à cette époque : clouterie, boulonnerie…

Si la position frontalière a permis à la région de se développer, elle a longtemps fait figure de « chemin des invasions », comme en témoignent les nombreuses destructions de ville à travers les guerres (Reims) et les fortifications omniprésentes. La commune de Nouzonville est située dans la vallée de la Meuse en aval de Charleville-Mézières, région qui est communément appelée par les habitants par la dénomination La Vallée. La limite de La Vallée correspond à l’endroit où le fleuve s’enfonce dans le plateau ardennais, en aval de Charleville-Mézières, et le traverse par une série de méandres. L’encaissement du fleuve et l’étroitesse de la vallée rend difficile l’installation des infrastructures de transports : la route et la voie ferrée doivent par moments grimper sur le plateau ou emprunter des tunnels sous les contreforts boisés qui plongent directement dans le fleuve. L’enclavement géographique de Nouzonville au sein même de la région Champagne-Ardenne pourrait en partie expliquer le retard socio-économique qui la caractérise. En effet, cet enclavement géomorphologique de la vallée de la Meuse semble aller de pair avec un enclavement sociologique de la population qui perçoit son territoire comme une entité coupée de l’extérieure. On pourrait parler d’un « effet vallée », comme le propose Claude Mangin qui a étudié la crise industrielle des vallées vosgiennes (Espace en crise et crise de l’espace en moyenne montagne). Selon lui, la crise industrielle qui a frappé les vallées des Vosges a contribué à une crise d’identité des habitants face aux mutations liées à la crise industrielle : « malgré le fort enracinement psychologique d’une population attachée à son « pays », à son caractère propre et à sa survie, la vallée est un espace dont les transformation traduisent un début de perte d’unité, sinon d’identité ». Ce modèle pourrait s’appliquer à la vallée de la Meuse, l’enclavement géographique ayant accentué le sentiment d’isolement moral des habitants. Il en sera question plus bas. Plus encore, l’enclavement de la région existe à l’échelle du territoire français, et ce n’est que depuis peu que les grandes routes ferroviaires et automobiles connectent le territoire à Paris.

Une structure économique monospécialisée, structurante de la vie sociale

Aujourd’hui, le département des Ardennes est fortement monospécialisé économiquement. L’étude de l’INSEE de 2006 relative au marché du travail de la région de Champagne-Ardenne a mis statistiquement en évidence cette spécialisation : les Ardennes se placent parmi les cinq départements français les plus monospécialisés économiquement. En effet, il s’agit d’une région industrielle occupée essentiellement par la « vieille métallurgie » (forge, fonderie, travail des métaux…), les mêmes secteurs desquels la santé économique du département est très dépendante. Au-delà de la seule spécialisation économique, c’est l’ensemble de la société ardennaise qui est structurée par l’activité industrielle dans la forge.


On date l’apogée de la production de forge en Ardennes à la première moitié du 20ème siècle. Mais dès 1847, la Haute Marne est le premier département de France pour la production de minerai de fer, de fonte et de fer marchand. A Nouzonville, le travail du fer est enraciné dans la mémoire collective depuis des générations successives bien avant le 20ème siècle. Les racines industrielles remontent à l’époque médiévale, où la métallurgie naissante s’exerçait dans les abbayes. La première manufacture royale d’armes est créée à Charleville en 1688. La production de canons, platines et garnitures fait rapidement le prestige de la région. De pair avec ce dynamisme industriel va le dynamisme démographique. Au cours du 20ème siècle, la population de Nouzonville est multipliée par plus de 6. Cette croissance se poursuit jusqu’à la Première Guerre Mondiale notamment dans le secteur de la fonderie (en 1914 ce secteur représentait le quart de la production des Ardennes).

La Première Guerre Mondiale met un terme à cet essor : toutes les aciéries sont démantelées et pillées car le territoire est envahi. Au retour de la paix, le désengagement des clients inquiets de cette région menacée par sa position frontalière amorce la crise industrielle. Malgré cela, le contexte de plein-emploi assure la reprise de l’économie métallurgique. Mais la crise de 1929 et la Seconde Guerre Mondiale remettent « la reconstruction » en cause et de nouveau, la position frontalière détruit la région. Avec le reconstruction et les Trente Glorieuses, la production est relancée et le plein-emploi demeurera jusqu’aux années 1970, mais la région ne retrouvera jamais la vitalité de début du siècle. Si les aciéries Thomé-Génot parviennent à s’imposer sur le marché de l’automobile, c’est notamment grâce à une technologie développée à Nouzonville même. Au cœur de l’épopée des ATG, la création d’un objet qui fera le succès économique de l’entreprise : le pôle alternateur, pièce d’une qualité inégalée utilisée pour la fabrication des automobiles, qui permet à l’entreprise de faire-valoir auprès des constructeurs une technologie plus efficace que celle des concurrents directs tels que Bosch. Conçue à Nouzonville même, Thomé-Génot détiendra jusqu’en 2006 la licence exclusive de la production de cet objet. La mémoire collective des nouzonnais se souvient avec fierté de cette époque prestigieuse où La Vallée était surnommée le « Creusot Ardennais ». Selon l’historien Didier Bigorgne, l’ « euphorie métallurgique » se situe entre 1850 et 1914 et les entreprises Thomé constituaient à l’époque le fleuron des Ardennes, tirant leur richesse de la dualité fonderie-forge. Avec son savoir-faire unique, Thomé-Génot parvient à conquérir 30% du marché mondial des pôles alternateurs.

Prégnante dans le tissu social nouzonvillois, l’économie industrielle va jusqu’à organiser et animer les rapports sociaux sur le territoire. Le paternalisme caractérise le rapport entre les patrons et les ouvriers. Cette logique, à contre-courant de l’image classique de rapports sociaux animés par la lutte des classes, s’impose dans des proportions importantes à Nouzonville, notamment dans les aciéries Thomé-Génot. Dans la Vallée, l’industrialisation récente s’est faite sous l’impulsion de grandes familles d’industriels qui font fortune dans la forge ou la ferrure de wagon. Ces familles sont parfois encore propriétaires des usines, bien que la majorité du capital soit souvent détenu par des entreprises extérieures qui ont racheté les parts des entreprises. Dans le cas des Aciéries Thomé-Génot (ATG), la famille Thomé est à la tête de l’entreprise depuis sa création en 1855. La famille est issue des milieux populaires ce qui explique une relative proximité entre les ouvriers et les patrons. Cette proximité culturelle est vécue par les références culturelles locales communes, notamment par le biais d’échange verbaux dans le patois local encore parlé aujourd’hui par Paul Thomé lui-même, petit-fils du fondateur de l’entreprise. Peu à peu, le fondateur des ATG est devenu une figure mythique dans l’entreprise, et les ouvriers se souviennent encore aujourd’hui, outre les appartenances syndicales, de son intervention à l’époque de mouvements sociaux importants qui avaient permis d’améliorer les conditions de travail des ouvriers, outre la perte occasionnée à l’entreprise. Cette image de l’entreprise se confond avec celle du patron, incarnation mythique du père auprès des ouvriers.


A mi-chemin entre paternalisme et saint-simonisme, c’est également une partie importante de la vie des ouvriers qui est organisée par les aciéries. Dès 1930, les ATG instituent une retraite pour les vieux ouvriers, puis la maison familiale de Nouzonville est transformée en maison de retraite, abritant également une garderie pendant les congés. Le restaurant d’entreprise et les voyages de vacances sont mis en place en 1938. Plus encore, les ATG s’engagent dans une politique nataliste avec des subventions accordées aux familles nombreuses à partir du troisième enfant né dans le ménage. Dans le documentaire « Silence dans la Vallée », un ancien ouvrier des ATG raconte à Marcel Trillat que la colonie Thomé-Génot était pour lui la seule occasion de partir en vacances et de rencontrer le patron de l’usine. Bourse d’étude et colis de vêtements témoignent également de cette structuration de la société par l’entreprise. Au cœur des « investissements » des entreprises pour le maintien des ouvriers à proximité des lieux de travail, une véritable politique du logement est menée. Ainsi, une part importante du logement social à Nouzonville a été construite pour les ouvriers de la forge, et dans les années 1980, les entreprises possédaient, directement ou indirectement, près de 60% du parc immobilier à Nouzonville. Pendant longtemps, l’embauche dans les aciéries allait de pair avec l’accès à un de ces logements.

Mais paternalisme et politiques sociales se heurtent à des limites du point de vue social. La dépendance des ouvriers envers le patronat pose problème, comme en témoigne l’exemple d’un ouvrier licencié forcé à libérer son logement sous les pressions de son ancien employeur. De plus avec la crise industrielle, les ATG se désengagent de la gestion immobilière et le patrimoine se dégrade rapidement faute d’entretien.

Indicateurs statistiques et spatiaux d’un déclin démographique


Le pic démographique de la population de Nouzonville, à l’image de l’ensemble du nord-est industriel français, est atteint autour de l’année 1900. L’attrait pour la région jusqu’à cette époque, du fait de son offre d’emploi dans l’industrie est fort, et ce sont des populations originaires des Ardennes belges, et plus généralement de tout l’Est rural de la France, qui émigrent vers la multitude de petites villes industrielles de la région ardennaise. Depuis, la population n’a jamais cessé de baisser ; de 1911 à 2006, la population de Nouzonville est passée de 7962 à 6447 habitants. Outre la première moitié du 20ème siècle marquée par les saignées successives provoquées par les deux guerres mondiales, les récessions industrielles des années 1930 à aujourd’hui constituent les principales explications à cette baisse continue (excepté le ressac démographique des années 1970). Les grandes tendances aujourd’hui à l’œuvre annoncent un vieillissement de la population, et malgré le fait que les Ardennes demeurent un département nataliste, le solde migratoire négatif, principalement composé de jeunes, contribue à l’élévation de la moyenne d’âge.


Aujourd’hui dans les Ardennes, le vieillissement de la population est plus marqué qu’ailleurs : l’emploi dans l’industrie offrant peu de perspectives, les jeunes tendent à délaisser le territoire. Pire encore, la région Champagne-Ardenne se place le plus souvent aux dernières places des études démographiques prospectives réalisées par l’INSEE. Si en 2005 la part des 20-59 ans demeure majoritaire, elle devrait laisser une place plus importante à l’horizon 2030 aux plus de 60 ans. Toujours selon la même étude, le solde naturel devrait, comme le solde migratoire, devenir négatif à partir de 2020. Nouzonville ne fait pas exception à la règle, et sa situation enclavée décrite plus haut, par rapport à Paris et à sa ville-centre, Charleville-Mézières, ne semble pouvoir que confirmer ces tendances.

Lié à ce déclin démographique, la hausse continue du chômage depuis 1970. Si les premiers effets de la crise industrielle après la 2nde guerre mondiale n’avaient pas engendré de chômage malgré la baisse de la production, le ressac démographique et l’apparition d’une nouvelle concurrence avec la libéralisation des échanges en Europe à partir de 1970 commence à déséquilibrer offre et demande d’emploi. Le tissu d’entreprises disséminées dans les petites villes ardennaises commence à être touché par la « crise ». Quand les ouvriers ne trouvent pas un nouveau travail dans un domaine tertiaire en relatif essor (hypermarchés ou passage au statut d’intérimaire), l’offre d’emploi des grandes villes de la région, voir du reste de la France, constituent la principale échappatoire au chômage, en particulier pour les jeunes générations. Pour cette population, la poursuite d’étude dans le secondaire est souvent synonyme d’émigration, et Reims n’apparaît pas satisfaire totalement les aspirations des étudiants. Saisie sur la période séparant les deux recensements de 1990 et de 1999, la dynamique laisse entrevoir ce départ des jeunes. La part des étudiants qui étudient hors de Champagne-Ardenne en 1999 et qui y résidaient en 1990 atteint 40%. Les soldes migratoires d’étudiants restent largement défavorables avec l’Île-de-France, la Lorraine, la Bourgogne, le Nord-Pas-de-Calais et dans une moindre mesure la région Rhône-Alpes.

La spécialisation de la population dans l’industrie, caractéristique à Nouzonville, se retrouve dans le dernier recensement INSEE de 1999. Intégrée dans le bassin d’emploi « Vallée de la Meuse », délimité par l’INSEE, comprenant la partie nord du département des Ardennes, la surreprésentation des ouvriers parmi la population totale est forte. A l’image de ce territoire, et plus généralement du nord-est de la France, le taux de personnes référentes « ouvriers » à Nouzonville lors du recensement atteint près de 40%. A la crise industrielle, se double une crise d’image des emplois industriels. En effet, les nouvelles générations préfèrent pour la plupart s’orienter vers des formations autres que celles qu’offrent encore l’industrie.

Il convient néanmoins d’atténuer la portée de cette « crise de l’emploi » qui touche le nord des Ardennes. Si l’offre d’emploi dans le secondaire baisse constamment depuis le tournant des années 1970, une part notable de ses emplois est en réalité transférée dans le domaine du tertiaire. Une partie importante de ce transfert s’explique par le développement de nouveaux modes de production dans l’industrie faisant appel à l’intérim ; si les emplois demeurent de fait industriels, ils passent en termes statistiques dans le domaine tertiaire. A contrario, de nombreux emplois affiliés à l’industrie, comme le nettoyage ou l’administration, sont plus logiquement venus se rattacher au domaine défini comme « tertiaire » par l’INSEE. Comme le rappelle l’étude de l’INSEE (« l’emploi de 1974 à 2004 : croissance du tertiaire et tertiarisation de l’industrie », INSEE, 2006), il demeure aujourd’hui difficile d’établir un bilan précis de la perte réel des emplois de l’industrie dans cette période. Concernant l’emploi tertiaire « nouveau », il s’est développé depuis les années 1970 avec l’essor des commerces de grande distribution, bien que ces nouvelles créations d’emplois ne suffisent pas à compenser les pertes d’emplois dans l’industrie.

La permanence d’équipements publics collectifs parait surprenante face à la baisse démographique à Nouzonville : un hôpital, un bureau de poste, un collège, et quelques établissements publics du premier degré demeurent (INSEE, 1998 et relevé de terrain, 2007). Un tissu lâche d’entreprises urbaines basées sur l’économie résidentielle offre un certains nombre de produits « du quotidien » aux habitants : 2 boutiques d’alimentation générale, 5 boulangeries pâtisseries, 2 librairies, et 3 garages. A eux seuls, les bars-cafés de Nouzonville font le portrait de la situation socioéconomique actuelle : le café au comptoir à 80 centimes d’euros, la bière pression pas beaucoup plus chère, et surtout la convivialité manifeste émanant du lieu qui esquisse un lien social propre à Nouzonville. Prégnantes sur un territoire mêlant domicile et travail, les friches industrielles sont les symptômes les plus marquants des crises industrielles successives. L’arrivée à Nouzonville par la route départementale en provenance de Charleville-Mézières offre ainsi pour première image l’immense aciérie Thomé-Génot attenante à la voie ferrée, laissée aujourd’hui pour friche après les fermetures de 1998. Mêmes réalités en terme statistiques : après le départ de l’ancien repreneur américain de Thomé en 2006, Catalina, il ne reste plus que 50 des 320 salariés de l’entreprise. Plus généralement à Nouzonville, c’est la quasi-totalité des entreprises industrielles, métallurgiques pour la plupart, qui ont fait faillite ou qui ont mis la clé sous la porte. Il ne reste aujourd’hui plus que 2 usines de métallurgie des 14 existantes il y a 30 ans. On recense également une entreprise de traitement des déchets sur les rives de la voie ferrée qui traverse la commune du nord au sud.

Nouzonville à l’épreuve des changements économiques

La dégradation du travail dans la forge des années 1980

Depuis les débuts de l’industrialisation, le travail industriel a subit de nombreuses mutations résultant des changements économiques mondiaux au cours du 20ème siècle. Parmi les moments récents marquant un tournant majeur dans l’industrie, les années 1970 et 1980 qui marquent la libéralisation des économies à l’échelle européenne.

L’ouverture de l’économie française à la concurrence internationale oblige les entreprises industrielles à se restructurer : la compétitivité est le moyen de rester dans la course. La crise des années 1980 entraîne une baisse du prix du fer, ce qui se ressent fortement sur le coût des matières premières achetées par les aciéries ardennaises. Il s’ensuit de nombreuses modifications pour les métiers de la métallurgie ardennaise. Tout d’abord, avec la nécessité de la compétitivité, les métiers de la métallurgie ont subi des déqualifications successives. Le métier de mouleur a longtemps nécessité un savoir-faire artisanal : travail de conception du moule, positionnement du sable pour le démoulage, et taillage de la pièce. Avec la rationalisation des modes de production, le métier a perdu de l’intérêt, et le travail de conception est confié à des bureaux d’étude en amont de la chaîne de production. Le mouleur n’a donc qu’un rôle d’application et avec la rationalisation de la production, la marge de manoeuvre de l’ouvrier a été considérablement réduite. De plus, le salaire à la pièce a été remplacé par un salaire horaire qui, s’il garantie une certaine stabilité de revenu, contraint les ouvriers à un rythme de travail dont ils ne sont plus maîtres. Enfin, l’introduction de machines tend à faire disparaître certains métiers qui nécessitaient des connaissances précises pour n’être plus qu’un travail de manœuvre.

Parallèlement, la dégradation du marché du travail a impliqué une crise des métiers peu qualifiés. La commune de Nouzonville, qui ne comptait que 6 chômeurs en 1954, en compte 650 en 1985 (soit plus de 20% de la population). Avec la crise des années 1970, les emplois de la métallurgie deviennent de plus en plus précaires. Alors que pendant les Trente Glorieuses les ouvriers étaient assurés du plein-emploi et pouvaient bénéficier d’augmentations régulières, ces conditions se sont dégradées et les travailleurs ne sont plus sûrs de retrouver un emploi s’ils quittent leur entreprise. Les années 1990-2000 ouvrent également une nouvelle période économique pour l’industrie du nord-est de la France, où l’apparition de ce qu’on peut désigner comme un capitalisme sauvage opère des transformations plus brutale encore sur le travail et les paysages des rives de la Meuse.

Le phénomène de délocalisation au cœur de la chute de Thomé-Génot ?

Les délocalisations sont une des conséquences de la mise en concurrence de main-d’œuvre, de biens ou de services. On définit ce phénomène de manière la plus simple comme « le transfert d’une partie ou de la totalité de la production d’un lieu à un autre ». A l’échelle mondiale, les pays en voie de développement (délocalisations Nord/Sud) attirent les unités de production par des coûts salariaux parfois 10 fois plus bas qu’en France. Pour les entreprises d’industrie lourde qui emploient des salariés peu qualifiés, les avantages comparatifs recherchés dans le processus de délocalisations sont les coûts salariaux. La nouvelle géographie économique met en avant un processus de « cascades de délocalisations », phénomène d’engrenage qui suit un modèle précis. Une entreprise « leader » décide la première de délocaliser sa production en comparant le coût de déplacement et d’adaptation avec les bénéfices apportés par le territoire choisi. Si l’opération réussie et l’entreprise se créée un avantage concurrentiel, elle est imitée par les autres qui doivent s’aligner sur les prix les plus compétitifs. La cascade de délocalisation est d’autant plus favorisée que les régions attractives deviennent des bassins de production spécialisés qui apportent de nouveaux avantages en termes d’infrastructures, d’économies d’échelle… Ainsi, dans les régions fortement monospécialisées lorsque l’activité principale est délocalisée c’est toute l’économie locale qui est en crise.

Ce phénomène peut s’appliquer à la région ardennaise à partir des années 1980. Néanmoins, le cas Thomé-Génot se détache par certains aspects des délocalisations observées auparavant. Désormais, c’est une logique financière court-termiste qui prévaut, à tel point que l’objectif productif soit parfois quasiment délaissé. C’est cette logique qui est à l’œuvre durant les deux années que sont restées le repreneur américain Catalina, financé pour cette opération de « redressement financier » par un fond de pension de retraite. L’expertise réalisée par le comité d’entreprise des ATG a mis en évidence, suite au départ de Catalina ce qui s’apparente plus à une opération de financement de l’expansion de l’entreprise qu’une logique productive. Les postes de « management fées » (commissions reversées à la direction de Catalina évaluées à 65 000 euros) ainsi que les frais de formations particulièrement élevés attribués à des postes de traducteurs soulèvent des doutes sur ce qui s’avèrerait constituer un moyen de faire remonter des liquidités vers Catalina. La gestion des actifs de Thomé-Génot soulève également un certain nombre de questions quant à la gestion financière de l’entreprise, quand en parallèle les comptes de l’entreprise ont été 4 mois après l’arrivée de Catalina en mauvaise situation. En effet, l’ensemble du stock foncier et immobilier détenu par Thomé-Génot (logements locatifs attribués aux ouvriers) fut vendu, alors qu’en aucune manière ces fonds ne furent destinés à redresser financièrement les ATG, conformément au but fixé au moment de la reprise. Enfin, plus qu’une opération financière, l’entreprise a également racheté le savoir-faire développé par Thomé-Génot (pôle alternateur) qui lui assurait la position de leader mondial des pôles d’alternateurs.

A l’échelle internationale, la stratégie de Catalina se plaçait donc dans la perspective de s’accaparer les derniers produits financiers et techniques d’une entreprise vulnérable au bord de la fermeture, et non d’assurer une production à moindre coût grâce aux avantages comparatifs tirées de la délocalisation. Juridiquement, ce qui devait être une opération de redressement financier s’est transformé en un démantèlement de l’entreprise.

Un désarroi ouvrier

La crise qui touche les Ardennes et en particulier Nouzonville s’inscrit dans les grandes évolutions économiques d’aujourd’hui, mais elle s’exprime aussi sur les plans moral et sociologique. En ce sens, la représentation du déclin de la commune est inséparable d’une crise de l’identité ouvrière et des valeurs qui y sont associées.

Tout d’abord, la difficulté des conditions de travail et la crise des vocations expliquée par les déqualifications des métiers ont poussé les enfants d’ouvriers à s’orienter dans d’autres formations que celle de leurs parents. Ainsi la structure familiale du milieu ouvrier s’éclate. En 1987, tous les parents interrogés dans la Vallée souhaitaient que leurs enfants ne travaillent pas dans les forges ou les fonderies. En ce qui concerne les ouvriers, la majorité s’accorde à vouloir quitter la région à la recherche d’une usine plus stable pour échapper à la précarité des aciéries ardennaises. Avec la crise, on assiste donc à un mouvement de dispersion géographique et sociale des familles qui étaient restées jusque là très groupées au point qu’on parlait alors d’un phénomène d’ « autarcie ouvrière ». Comme symptôme de la crise d’image dont souffre le métier de la forge, l’importance croissante des nouveaux migrants actifs dans les métiers de la forge déjà évoquée plus haut, « seuls » demandeurs d’un emploi délaissé par les nouvelles générations. Finalement, la représentation de la crise industrielle tend à accélérer le processus observé de déclin démographique.

Cette crise de l’identité ouvrière cède la place à de nouvelles valeurs dans la hiérarchie sociale nouzonnaise. Si la communauté ouvrière a longtemps été soudée par un certain nombre d’activités de « culture ouvrière » (bals, guinguettes, café, auberges, cinéma…), la crise des vocations, le chômage, la dispersion géographique ou encore la recherche d’emplois dans d’autres secteurs, ont progressivement rompu l’ « autarcie ouvrière ». Aujourd’hui, les familles ouvrières nouzonnaises cherchent à se rapprocher, par leurs pratiques sociales, de la classe moyenne. Le symbole le plus révélateur est le rôle de la voiture dans l’image de la position sociale, elle est un moyen d’ouverture et de communication mais elle est surtout un facteur d’atomisation et d’éclatement des solidarités locales liées au partage d’un espace commun.

Certaines représentations du phénomène de mondialisation, désignée comme responsable de la crise, suscitent un rejet fort de la part des ouvriers. La violence de la mobilisation ouvrière à Nouzonville après la fermeture des ATG rend compte de ce rejet radical. Dans cette perspective, c’est l’Etat qui est jugé coupable de ne pas protéger les emplois. En 2006, suite au départ brutal de Catalina, Marcel Trillat venu réaliser son documentaire assiste à une scène étonnante à Nouzonville: les locaux de Thomé-Génot pillés par les ouvriers eux-mêmes – outils, chaises, tables, mêmes les objets les plus insolites – un des ouvriers décrira après coup cette scène comme une reproduction de ce qu’avait fait Catalina durant ces 2 années restées à Nouzonville: « Ils ont tout pillé, et bien on fait pareil ». Plus tard, suite au refus de l’Etat de reverser une somme de 30.000 euros aux ouvriers, revendication syndicale, les ouvriers ont occupé l’usine Thomé, occupation finalement mise à terme par une intervention des CRS. Les mots recueillis par Marcel Trillat auprès d’un syndicaliste CGT, à propos de la non obtention de revendication syndicale, témoignent avec force du désarroi des Thomé : « Les gentils Thomé-Génot c’est finit, maintenant on va vous montrer ce que c’est les méchants Thomé-Génot » ; ou encore, « On nous avait promis une réponse vendredi sur notre revendication des 30 000 euros, mais la réponse, on l’aura eu plus tôt, dès ce jeudi matin. C’est « non, et allez vous faire foutre ! » C’est vraiment, mais vraiment dégueulasse… ». Ces symptômes du déclin se retrouvent également à travers les résultats électoraux. Il est intéressant de repérer que les représentants des partis extrémistes obtiennent des scores particulièrement élevés aux élections nationales, élection politique par excellence. Au premier tour des élections présidentielles de 2007, Jean–Marie Le Pen récolte 17,85% des suffrages à Nouzonville, contre une moyenne nationale de 10,44%.

Ainsi, le déclin industriel de Nouzonville, s’il on peut le qualifier de crise économique, ne peut être réduit à cette unique caractéristique. Il semble ici impossible de dissocier le déclin industriel d’un désarroi moral, plus imprégné dans les consciences collectives locales. Les habitants conçoivent le déclin de leur commune dans la perspective nostalgique d’un « âge d’or » révolu, où l’industrie florissante faisait la renommée de la ville. En témoigne par ailleurs la volonté de la municipalité de continuer à subventionner des associations héritées de l’époque de dynamisme industriel malgré des fréquentations basses. Plus qu’une crise économique, c’est une crise morale qui affecte les nouzonnais, avec peut être pour conséquence d’accélérer le processus de déclin.

Parallèlement, l’émergence de nouvelles échelles du pouvoir appelle à une rédifinition des échelles d’action, mais aussi des stratégies de politiques publiques. L’essor récent de l’intercommunalité pourrait permettre la mise en place de politiques d’aménagements plus adaptées à diversifier les activités locales pour revitaliser cette région monospécialisée. L’intégration à l’Europe est également un défi important d’autant que l’ouverture des frontières pourrait être un atout pour les Ardennes.

Nouvelles échelles de l’Aménagement : quelles perspectives ?

Les acteurs et leurs stratégies

Avec les évolutions institutionnelles majeures survenues depuis plusieurs années, les acteurs en présence se sont multipliés. La communauté d’agglomération et l’Union Européenne tendent à devenir des acteurs majeurs dans l’aménagement du territoire, alors que dans le même temps, les rôles de l’Etat et de la commune s’amoindrissent.

Les entreprises de forge de la vallée de la Meuse adoptent des stratégies parfois étonnantes face à la crise. Le plus souvent, l’horizon international et la recherche de meilleurs avantages comparatifs pousse les patrons à adopter un certain rationalisme économique. Néanmoins, nombreuses sont les entreprises qui, jusqu’à encore aujourd’hui, s’attachent à préserver leur affaire à Nouzonville ou dans la vallée de la Meuse. Entendu dans le documentaire de Marcel Trillat, le témoignage d’Arthur Claure, directeur de la dernière forge d’estampage de Nouzonville, qui évoque la difficulté pour une telle entreprise à tenir, face à la « concurrence polonaise » et à la difficulté à trouver du personnel pour un travail dur. La « très très bonne équipe d’anciens » et l’enthousiasme pour le « travail pour l’entreprise » apparaissent également comme les ferments du maintien de la forge. Parfois même, les patrons rejoignent les ouvriers sur les postes.

Créée le 1er juillet 2004, la communauté d’Agglomération Cœur d’Ardennes s’est vue attribuée les 4 compétences classiques attribuée à un établissement public de coopération intercommunal de cette échelle : développement économique, habitat, politique de la ville, et aménagement. De plus, elle exerce les compétences en matière de collecte des ordures ménagères, de gestion de l’eau, mais aussi du développement touristique. Plus généralement, cette nouvelle échelle de l’Aménagement, centré sur la ville-centre Charleville-Mézières, tend à privilégier une recomposition de l’espace en misant sur une reconnection à la ville-centre, l’accumulation des richesses à Charleville même, et la complémentarité intercommunale. On s’approche d’une logique qui vise à penser le territoire comme un pôle, où il convient d’accumuler dans le même lieu toutes les activités liées.

Si Cœur d’Ardennes devient un acteur majeur, Nouzonville demeure néanmoins dans les représentations un échelon incontournable, premier terrain d’échange avec le pouvoir politique, mais surtout territoire vécu par les habitants et marqué par les histoires collectives. L’enclavement vis à vis de Charleville-Mézières renforce encore cette « exception », et malgré une connexion bonne à la ville centre (trains réguliers et route départementale en très bon état), la vie sociale reste relativement centrée sur Nouzonville, même si les activités étroitement liées à l’activité industrielle (arbres de noël, colonie de vacances…) ont pour la plupart disparues. Ces lieux centraux sont constitués par la multitude de bars-cafés, ainsi que des activités occasionnelles telles que le salon du livre de Nouzonville où s’exposent les œuvres journalistiques, historiques et littéraires régionales. Les horizons de la jeunesse ardennaise s’élèvent au delà de la commune, et les véhicules motorisés, du deux-roues à la voiture, semblent constituer l’objet indispensable à tout épanouissement social. Plus largement, l’ouverture des nouvelles générations à des formations autres que le travail dans la forge va de pair avec un désenclavement géographique et social centré sur Nouzonville : la géographie sociale est bouleversée par les mutations socioéconomiques. Malgré deux échelles d’intérêts apparemment divergentes, il ne semble pas exister de conflits entre les deux territoires, peut être du fait de la concordance politique (commune et intercommunalité sont dirigés par des majorités socialistes). Le maire, Guy Istace, continue à rassembler autour de lui une grande majorité des habitants, conformément à l’histoire électorale de Nouzon ; et même si l’union autour du parti socialiste qui eut lieu durant de nombreux scrutins n’existe plus, rassemblant sur la même liste municipale patrons et ouvriers sans liste de droite au 1er tour, la légitimité de l’équipe municipale en place reste solide. A l’élection présidentielle de 2002, là où l’extrême droite réalisait un score de 30%, et l’extrême gauche un score cumulé de 20% (LCR, LO, PT + PCF), la majorité municipale « modérée » à l’élection municipale de 2001 demeurait largement confortée, outre les étiquettes politiques. On le voit à travers cette rapide analyse électorale, le scrutin présidentiel national, politique par excellence, ne vient pas troubler une échelle du locale encore très autonome politiquement et socialement. La commune demeure un cadre identitaire très fort. Sur un plan purement politique, le Maire doit concilier des intérêts divergents : la volonté des habitants d’un maintien des activités à Nouzonville, à celui du projet de tourisme vert proposé par les échelons supérieurs, bien que le projet semble aller dans le sens de l’enterrement du tissu social de Nouzonville.


Les stratégies des habitants, encore souvent esquissées à l’échelle de la commune, se placent à diverses échelles. D’abord à travers la demande d’un engagement des pouvoirs publics en réponse à la fermeture brutale de Thomé-Génot, sous la forme d’aides financières. A ce titre, beaucoup est attendu de l’Etat, et le remplacement partiel de l’Etat par l’Union Européenne dans l’attribution des dédommagements financiers est perçu comme un délaissement fort de l’Etat dans un contexte de Mondialisation, alors qu’il apparaît dans les représentations comme le cadre le plus pertinent pour assurer un protectionnisme salutaire au maintien de l’industrie dans la région. Plus généralement, il revient une attente de maintien des services « résidentiels » à Nouzonville, sorte de relais au tissu social qui était assuré autrefois par les industries au nom du capitalisme paternaliste : services publics, commerces résidentiels, et travail. La combativité des habitants, épaulés par les syndicats, contribue en partie à cette persistance, à l’image du maintien d’une classe d’école suite aux diverses mobilisations sociales en 2006 (tendance par ailleurs inverse au reste du département).

Avec pour tournant dans l’histoire de l’Aménagement du Territoire en France la mue de la DATAR en DIACT, les nouveaux objectifs de l’Etat prennent désormais les mots de pôles de compétitivité et de mises en réseaux. Dans cette perspective, elle apporte sa participation à la connexion de Charleville-Mézières au réseau TGV aux côtés de l’établissement public Réseaux Ferrés de France et des collectivités territoriales, mais aussi aux réseaux routiers. De manière ponctuelle, elle apporte, aux côtés de l’Europe, une aide de reconversion avec le Contrat de Transition Professionnel. Le cadre de son action demeure conditionné au principe de non entrave à la concurrence instauré depuis le traité de Rome de 1957. L’Etat participe également, aux côtés de la Région, à la création du parc naturel régional en Ardenne, composante du projet de Tourisme vert. De même, le CPER signé avec la Région pour la période 2007-2013 tente de coordonner l’aménagement de la Champagne-Ardenne à l’échelle française.

Au-delà de sa participation au projet de parc naturel régional, la Région investit par l’intermédiaire du nouveau contrat de projets Etat-Région 2007-2013 sur un certain nombre de domaines. Les ambitions de revitalisation des pôles urbains sont là aussi marquées : la rénovation et l’adaptation de l’immobilier universitaire, ainsi que le développement des grands équipements métropolitains constituent deux des quatre piliers de cette politique contractuelle. Le soutien aux activités industrielles, et agricoles, constitue un investissement majeur de la Région au titre du CPER : conformément au contexte mondial actuel dans lequel les pays de l’est et du sud font valoir des avantages comparatifs en matière de salaire, on vise à faire des entreprises de la région Champagne-Ardenne des pôles d’excellence, via des investissements dans la recherche et les nouvelles technologies, manière de faire valoir les avantages comparatifs de la région en terme de savoir-faire et de technologie. Le principal apport de la région dans le cadre du CPER 2007-2013 revient à la modernisation du système des transports, avec pour mot d’ordre l’amélioration des connections « intercités ». Avec 57 millions d’euros investis par la Région (57 millions d’euros par l’Etat également), ce domaine représente le quart des investissements régionaux. Globalement, les stratégies de mise en réseau au système des villes françaises et de revitalisation des pôles urbains se placent dans l’objectif d’ouvrir des perspectives aux habitants en terme de mobilité, de préserver des activités dans la région, avec pour lieu privilégié les villes et les espaces de où les grandes entreprises sont déjà établies.

Parmi les « acteurs secondaires », l’Union Européenne a grandi, et elle tend à compenser certaines des prérogatives assurées par l’Etat. Les aides financières de l’Union Européenne jusque là territorialisées seront dorénavant attribuées selon des critères individuels. Avec l’élargissement à 25 puis 27 membres, on pourrait désigner les Ardennes comme un des territoires « perdants » de la nouvelle période de programmation financière pour la période 2007-2013, au bénéfice des nouveaux rentrants de l’Est de l’Europe. L’Union Européenne intervient aussi de manière plus ponctuelle au titre du fonds européen d’ajustement à la mondialisation, qui vise une stratégie de réinsertion et de reconversion professionnelles des travailleurs licenciés en raison de la libéralisation des échanges économiques et sociaux. Au-delà d’un simple transfert de compétences, les stratégies nouvelles sont basées sur les préceptes d’accompagnement de la libéralisation des économies.

Entre « industrie glocale », revitalisation des pôles urbains, et tourisme vert, les perspectives pour Nouzonville

Les reconfigurations territoriales à Nouzonville se placent plus généralement à une échelle régionale, où les ambitions de revitalisation des pôles urbains, industrie glocale, ou encore de tourisme vert tentent de répondre aux crises. Conformément aux évolutions institutionnelles, économiques, et sociales, de nouvelles perspectives d’activités semblent s’ouvrir, réponses à la mondialisation de l’économie et aux aspirations citadines à l’authenticité de la Nature rurale.

L’unanimité autour du projet de désenclavement de cette frange de France, encore peu reliée au système des villes européennes et mondiales, est à l’origine d’un certain nombre de projets de mise en réseaux : mise en réseaux ferroviaire, routières et autoroutière. A ce titre, l’exemple du TGV apparaît emblématique à Cœur d’Ardennes. Chaque échelle des pouvoirs publics, de l’Etat à l’Intercommunalité, y apporte son soutien financier. L’arrivée du TGV à la gare de Charleville au début de l’année 2007 assure dorénavant 4 allers-retours journaliers à Paris. Il assure également un rapprochement à la gare de Reims, pôle urbain d’importance dans la région Champagne-Ardenne et offreuse de services que Charleville n’a pas : universités, offre commerciale plus développée… Investissant dans cette dynamique, les nouvelles activités et infrastructures se localisent sur les rives même de la gare de Charleville. Le nouveau pôle d’intermodalité de la gare de Charleville-Mézières, composé d’un parking de 302 places, devrait assurer une étape véritablement intégrée dans la liaison entre les périphéries de Charleville-Mézières et Paris. Les mêmes logiques guident le développement de la zone d’activités tertiaires Val de Vence, attenante à l’échangeur autoroutier Sedan/Charleville/Reims/Paris, et située en entrée de ville. Déjà occupée par une plate-forme de préparation et de distribution de courrier La Poste, ainsi que par les entreprises Métro et Murs Peints, la zone devrait accueillir de nouvelles entreprises pour devenir la zone d’activité la plus importante du département. A cette logique de développement des activités tertiaires privilégiée sur le pôle urbain Charleville-Mézières, s’ajoute une logique de développement de la complémentarité entre les communes de Cœur d’Ardennes. Face au « modèle belge » qui a su développer le tourisme vert dans « ses » Ardennes, intercommunalité, département et communes envisagent un type de développement similaire pour Nouzonville. Dans un contexte d’évolutions des pratiques touristiques, où la fin du tourisme de masse laisse la place à un tourisme de plus en plus personnalisé et éclaté, la région présente en effet un certain nombre d’atouts à faire valoir. Là où la Dordogne (département le plus fréquenté en France pour le tourisme intérieur) est parvenue à maintenir animé un patrimoine agraire menacé de déclin face à la concurrence productiviste bretonne notamment, les Ardennes et plus particulièrement Nouzonville, présente un certain nombre d’atouts à utiliser. Les premières études visant à requalifier l’ensemble des friches industrielles Thomé en Maisons de la Meuse devraient permettre de concilier le dessein d’un projet touristique, à celui des risques naturels régionaux (certains des sites sont classés au Plan de prévention des risques inondation), et peut être, une relance économique.


Site phare de ce projet, les acièries val thome ex fat ex thome crhomback ex thome SA (note à postériori : merci à la précision de luzoir dans son commentaire), située en entrée de ville en arrivant de Charleville-Mézières : les locaux désaffectés portent les stigmates d’années d’inactivités, mais ils demeurent néanmoins debout. Plus qu’un simple projet touristique, ce projet vise à réanimer la conscience d’un territoire autour d’un site symbolique, d’une époque où le territoire était profondément structuré par les entreprises de forges. Autre projet également à l’étude, un projet de port fluvial destiné à une pratique touristique de la Meuse. A une échelle plus large encore, on appréhende ce potentiel du tourisme vert au niveau régional à travers le projet de création du Parc Naturel Régional en Ardenne. A travers la valorisation des patrimoines agricoles (vergers, forêt de pins…), architecturaux, et économiques, les différents projets devraient dessiner les axes des futurs secteurs à animer ou ranimer en Ardenne. Comme à Nouzonville, la réflexion est portée sur les objets symboliques de la période de prospérité industrielle révolue, à l’image des « escapades ferroviaires en Ardennes » sur la ligne Charleville-Mézières/Givet. Acteurs de l’initiative, l’Etat et les collectivités territoriales ardennaises espèrent de ces projets de pouvoir attirer des populations touristiques nouvelles, dont les néerlandais, friandes des régions touristiques labellisées.

Quant au maintien de l’industrie nouzonvilloise, elle est le fruit de volontés conjuguées, portée par les attaches territoriales encore marquées de quelques patrons, et dans une moindre mesure grâce à la politique foncière avantageuse destinée aux entreprises des collectivités territoriales et de l’Etat. Mais comme finit par l’avouer le repreneur de Thomé-Génot en 2006, devenue Forge Ardennes (documentaire de Marcel Trillat), il sera tout de même question de délocaliser une partie de la production, peut être au Mexique. L’optimisme reste de mise dans les discours, et on évoque la possibilité d’un maintien industriel sur le modèle de l’industrie glocale, manière de concilier l’exception territoriale de la commune en matière de technologie et de savoir-faire industriel au contexte économique actuel. « …les avantages comparatifs durables, dans une économie mondialisée, sont à chercher dans le tissu local, car résultant d’une concentration de compétences et de savoirs hautement spécialisés, d’institutions, de concurrents et de clients exigeants dans un pays ou une région délimité » (extrait du compte-rendu du colloque ASRDLF de Grenoble sur « l’industrie glocale », Claude Courlet).

Un déclin à relativiser ?

Face à une crise qui revêt les apparences d’un déclin démographique, peut être industriel, les politiques publiques peuvent paraître limitées. A tel point que la Chambre de Commerce et d’Industrie ne fait pas de mystère sur la situation démographique du département, dans sa publication mensuelle destinée aux entreprises Ardenneéconomie. Si l’arrivée du TGV suscite un regain de vitalité en terme de projets, ces impacts sur la démographie demeurent limités. L’étude réalisée par le Laboratoire d’Economie Organisations Marchandes et Institutions de l’université de Reims sur les « réels » impacts de l’arrivée du TGV, tempère l’enthousiasme porté par les pouvoirs publics. A unité urbaine comparable à Cœur d’Ardennes, le TGV ne suffit pas à attirer de nouvelles entreprises, par contre, il semblerait qu’il puisse apporter un réel dynamisme aux activités liées au tourisme vert. En termes démographiques, le projet influera au mieux par un ralentissement de la perte de population dans le département. Plus qu’une crise démographique, on est tenté de parler d’un déclin démographique au regard du dépeuplement et du vieillissement de la région. Le déclin industriel semble être une réalité également, si l’on minimise l’apport marginale d’une industrie glocale dont on peut sérieusement douter de la pertinence étant donnée la volatilité des savoirs faire, on l’a vu dans le cas Thomé-Génot, pillé de ses procédés de fabrication par le repreneur Catalina. Car si le modèle d’industrie glocale vise à s’appuyer sur les atouts et savoirs faire spécifiques à un territoire en misant sur leurs avantages comparatifs durables, l’essor de ce type de firmes multinationales contribue à déstructurer les territoires et détruire d’emblée l’hypothèse d’un tel type de développement.

Etroitement dépendant de l’activité industrielle, c’est l’espace vécu nouzonvillois qui pourrait se trouver en situation de déclin, un « déclin territorial » : là où les entreprises de forges, Thomé en tête, ont structuré l’espace et la vie sociale de la « Vallée », l’érosion des tissus sociaux et économiques décrits plus haut ont peu à peu finit par atomiser la structure sociale héritée de « l’ère paternaliste » de Thomé-Génot. A contre-courant de cette tendance, les projets de tourisme vert ont parfois permis un relatif maintien des pratiques : c’est le cas dans les fermes de Dordogne qui continuent à assurer une production à haute valeur ajoutée à destination des touristes. Néanmoins, dans le cas périgourdin, et peut être plus encore dans le cas ardennais, les impacts de ce type d’activités sur la structuration sociale de la région demeurent limités. Et même si les pouvoirs politiques espèrent que le projet de tourisme vert à Nouzonville et dans la vallée de la Meuse puisse apporter un peu de dynamisme à l’économie de la région, nulles illusions ne demeurent quant à la portée réelle de ce type de projet auprès des habitants. Comme l’évoquait Michel Pinçon dès 1987 à propos du projet de tourisme vert, « la fermeture des entreprises et la muséification vont dans le même sens : faire basculer dans le passé ce qui fonde l’identité d’une région et de ses habitants ». D’ailleurs, la faible place accordée à ce projet dans les annonces des pouvoirs publics, au regard de son importance réelle, montre que ce thème n’est pas porteur. Et l’Etat, parti prenante dans le projet de Parc Naturel Régional, d’attendre une participation active des collectivités locales dans le portage de ces initiatives auprès des habitants.

Encore une fois, c’est le TGV qui semble qui semble être le plus parlant dans les esprits en terme de communication de projet, à tel point qu’on en a confié une partie de la construction à la dernière forge d’estampage nouzonvilloise. Si la fierté d’avoir participé à ce projet semble exister au sein de l’équipe d’ouvriers d’Arthur Claure – « le TGV, on l’a un peu grâce à nous » -, les ardennais ne se voient pas pour autant l’utiliser pour suivre les propositions de replacement ailleurs en France qui leurs avaient été proposées après la liquidation de Thomé de 2006, à Sochaux, Saint-Etienne ou sur les chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire, en particulier pour « les anciennes générations ». Plus qu’un refus qui serait une réaction de colère face au « pillage » de Thomé, c’est une réalité dure qui parait s’exprimer : après une vie à s’être spécialisé dans le domaine de la forge, dans un environnement social et urbain régit par des pratiques sociales prégnantes, et dans une autarcie forte vis-à-vis du reste de la France et du Monde, il reviendrait du miracle d’avoir la volonté de reconstruire autre chose ailleurs, TGV ou pas. Au contraire, les nouvelles générations ne voient pas d’horizons à Nouzonville, voir même dans la région, et ce sont eux qui prennent les chemins des grands pôles urbains synonymes d’avenir meilleur.

CONCLUSION

Il demeurerait difficile d’établir une date précise marquant l’entrée de la région ardennaise dans la crise industrielle. Peut être serait-il plus efficace de repérer une succession de date, comme autant de coup dur pour le « Creusot Ardennais » : les deux guerres mondiales et l’essor d’une concurrence nationale (sud de la France moins vulnérable au risque de guerre) ; les années 1970, l’émergence d’une concurrence internationale, et la première grande crise de l’emploi ; et la nouvelle ère des années 2000 marquée à Nouzonville, comme dans d’autres secteurs de l’industrie en France, par un capitalisme sauvage.

A la différence de ces autres évènements, ce dernier moment dans l’histoire de la crise industrielle ardennaise se conjugue avec le départ d’un savoir-faire développé sur le territoire de la vallée de la Meuse, et d’une crise économique et d’image poussant les nouvelles générations à s’échapper de « la vallée », accélérant plus encore la désindustrialisation et renforçant plus généralement la région dans le processus de déclin démographique entamé en 1910. Les perspectives offertes par l’industrie glocale, évoquées par certains acteurs, paraissent peu crédibles quand sur ce territoire Thomé-Génot a perdu l’exclusivité de son savoir-faire à l’échelle mondiale.

Si le projet de tourisme vert ardennais inspiré par la réussite du voisin belge est pris au sérieux aux différents échelons du pouvoir, il ne restaurera probablement que dans une petite mesure les tissus économiques et sociaux du territoire de la vallée de la Meuse basés sur la forge. Les modèles de reconversion économique basés sur le tourisme vert existent bel et bien (Périgord noir, Ardennes belges), mais comme l’évoque Michel Pinçon, « la fermeture des entreprises et la muséification vont dans le même sens : faire basculer dans le passé ce qui fonde l’identité d’une région et de ses habitants » et cela dans les Ardennes comme dans le Périgord, où la place de l’agriculture ne va qu’en diminuant, tant comme structurateur de la société que dans les activités économiques. Dès lors, on pourrait souligner le constat que le processus de déclin démographique est en faite doublé par un processus de déclin territorial, face au constat de la découture des tissus social, économique et urbain, ces mêmes éléments là qui constituaient jusque là les atouts que Nouzonville aurait pu faire prévaloir à l’échelle internationale dans le cadre d’une industrie glocale.

Les potentiels économiques appréhendés par les pouvoirs publics devraient contribuer à l’élargissement des secteurs d’activités à Nouzonville et dans les Ardennes. Mais l’impact du tourisme vert demeurant limité, on en revient à s’interroger sur d’autres modes de revitalisation qui ne soient pas seulement économiques, mais qui permettent également de recréer un tissu social sur ces territoires, ce qui en appelle finalement peut être à un retour du politique face à un rôle social que le tissu économique ne semble plus être en moyen de créer.


REFERENCES

BIBLIOGRAPHIE

« Désarrois ouvriers – Familles de métallurgistes dans les mutations industrielles et sociales », Michel Pinçon, 1987, éditions l’Harmattan.

« Champagne Ardenne, une région à la recherche de son identité », J. Domingo, G. Dorel, A. Gauthier, 1987, éditions Bréal.

DOCUMENTS AUDIOVISUELS

« Silence dans la vallée », Marcel Trillat, 2007, sur une idée originale de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, VLR Productions.

DOCUMENTS OFFICIELS

« Contrat de projets Etat-Région 2007-2013 », site Internet du Conseil régional Champagne-Ardenne,

http://www.cr-champagne-ardenne.fr/getFile.aspx?FILEID=1281

« Projet de parc naturel régional en Ardenne (08) », Direction Régional de l’Environnement, Champagne-Ardenne

http://www.champagne-ardenne.ecologie.gouv.fr/milieux_naturels/milnat_pdf/dep08/pdf_PNR/PNRA.pdf

PUBLICATIONS

« Pays et bassins de vie en Champagne-Ardenne, quelles concordances ? », INSEE, mars 2006

http://www.insee.fr/fr/insee_regions/champagne-ardenne/publi/fla066160.pdf

« Les bassins de vie champardennais : une économie rurale fortement structurée par les fonctions résidentielles et industrielles », INSEE, décembre 2005, http://www.insee.fr/fr/insee_regions/Champagne-Ardenne/publi/fla055960.pdf

« Marché du travail en Champagne Ardenne : d’hier à demain : l’emploi de 1974 à 2004 : croissance du tertiaire et tertiarisation de l’industrie », INSEE, 2006

http://www.insee.fr/fr/insee_regions/champagne-ardenne/publi/com_drtefp.htm

« La population à l’horizon 2030 en Champagne-Ardenne », INSEE, juillet 2007

http://www.insee.fr/fr/insee_regions/Champagne-Ardenne/publi/fla077960.pdf

« Espace en crise et crise de l’espace en moyenne montagne : l’exemple de la vallée vosgienne du Rabodeau », « Revue de géographie alpine », Claude Mangin, 1995

https://dspace.msh-alpes.prd.fr/bitstream/1801/411/2/RGA_1995-3_11-Mangin.pdf

« Enseignement supérieur, recherche et territoire : le cas de Grenoble », compte-rendu du colloque ASRDLF, Grenoble, Chambéry, Claude Courlet, UMPF,

http:// edytem.univ-savoie.fr/d/asrdlf2007/pub/resumes/textes/Courlet.doc

« Les délocalisations », Écoflash, n° 194, CNDP, janvier 2005, http://www.cndp.fr/Produits/DetailSimp.asp?ID=68745

« Ardenneeconomique », numéro 23, octobre 2007, publication mensuelle de la Chambre de commerce et d’industrie du département des Ardennes.

« Cœur d’Ardenne », numéro 2, mai-juin 2007, publication bimensuelle de la communauté d’agglomération Cœur d’Ardenne.

PRESSE

« Dans la vallée des larmes, les patrons pleurent aussi », « l’Humanité », 4 octobre 2007

« L’affaire Thomé-Génot : le face à face Trillat-Parisot », « l’Humanité », 17 novembre 2007

SOURCES INTERNET

Site Internet de l’entreprise Thomé-Génot, http://www.thomegenot.com/

Blog de la section du parti socialiste Ardenne/Nouzonville,

http://federation-ps08.typepad.fr/nouzonville/

Blog des anciens syndicalistes de Thomé-Génot,

http://www.ex-syndicatcgtthomegenot08.com/

Site Internet plate-forme du Ministère de l’Ecologie consacrée au projet de parc naturel régional Ardenne

http://www.champagne-ardenne.ecologie.gouv.fr/

Site Internet de la DIACT, http://www.diact.gouv.fr/

Site Internet de l’INSEE, http://www.insee.fr/

SOURCES STATISTIQUES ET CARTOGRAPHIQUES

Carte IGN, 1982, extrait de l’ouvrage « Désarrois ouvriers » de M. Pinçon

Carte IGN 1:50000, 3009 Charleville-Mézières, 2000, édition 9

Enquête annuelle du recensement INSEE de Nouzonville, 2006

Recensement INSEE 1999, http://www.recensement.insee.fr/RP99/rp99/PAGE_ACCUEIL.user_choix_aut

Recensement INSEE 1999 à l’échelle IRIS

Résultats électoraux, site Internet du Ministère de l’Intérieur.

Relevés de terrain 2007

Cartographie : Alexandre Laignel, Alice Perret

ENTRETIENS

Guy Istace, Maire de la commune de Nouzonville (apparenté Parti Socialiste)

Habitants de Nouzonville

PHOTOGRAPHIES

Photographie de la couverture du dossier, commune de Nouzonville

http://pagesperso-orange.fr/ardenistoir/nouzonville.jpg

Autres photographies : Alexandre Laignel, Alice Perret


  • 2 responses to Déclin et aménagement du territoire à Nouzonville

  • luzoir
    17:16 on mars 26th, 2014

    une petite rectification: les batiments que l’on aperçoit depuis la nationale charleville – mézières nouzonville ne sont pas les acièries thomé genot : ce sont les acièries val thome ex fat ex thome crhomback ex thome SA


  • admin
    17:24 on mars 26th, 2014

    Merci de votre rectification !


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