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Christiana, enclave post-libertaire au coeur de Copenhague

Après avoir pris le bus 66 depuis le centre on arrive à l’entrée du quartier « auto-géré » de Christiana. Un bâtiment long aux briques brunes enclave le quartier sur le reste de la ville. A l’entrée principale, un panneau signale l’accès à cette mini-société fondée par une centaines de hippies en 1971 en lieu et place d’une base militaire. Assez vite on devine que l’uto pie libertaire de l’autogestion a du affronter les réalités économiques quand on croise les échoppes de vendeurs d’encens, chapeaux, et autres tee-shirts à l’emblème du quartier (un rectangle rouge marqué de trois points jaunes). Impression confirmée quand plus loin, on traverse un chemin bordé de vendeurs de marijuana, qui, quand on y regarde de plus prêt, ne provient plus des jardinets biologiques de Christiana, mais des grandes autoroutes de la drogue européennes.

Mais si les plus conservateurs font preuve de patience, ils découvriront une facette plus authentique de ce territoire. Dans un tableau romantique se mêle à architecture de brique brunes joliment vieillissante des formes d’habitats spontanés, nichés dans les interstices des petits talus et contre les maisons. Les matériaux de récupération ont donné naissance à des petites maisonnettes habités, et les espaces publics ont été apprivoisés par les riverains. Ils semblent traités comme un bien commun, comme en témoigne la présence de mobiliers urbains trônant sereinement sur l’espace public : tables, chaises, ballons d’enfants, ou encore table de ping pong. Une végétation foisonnante et anarchique rajoute à ce tableau de jolie désordre, ponctuée par des boites de récupération de divers matériaux recyclables. Si la curiosité ne manque pas, on pourra tenter d’attraper le sourire d’une habitante du quartier en train d’étendre son linge à sécher, ou de lancer une discussion avec un des hippies vieillissant à la longue barbe. Aujourd’hui, environ un millier de personnes habite ici. Si c’est le côté divertissement qui vous attire plus, vous pourrez profiter d’un des festivals musical qu’accueille Christiana et vous installer à une table en dégustant un des délicieux plats proposés par le restaurant en plein air. Quand même toujours un peu cher, à l’image de Copenhague en général.


En sortant de Christiana, un panneau annonce « You are now enterring in the E.U« 

On rentre encore aujourd’hui vivre dans le quartier de Christiana par cooptation. Les loyers sont inexistants, ainsi que la fiscalité. C’est ce dont à quoi le revers du panneau d’entrée à Christiana fait allusion en annonçant « You are now enterring in the [European Union] » quand on quitte le lieu. Ce statut n’est pas sans causer des tensions dans la société de la capitale danoise, dont se font échos les acteurs politiques, tiraillés entre une volonté de retour à au conservatisme, et les convoitises foncières. Premier coup de semonce en 2004, menée par la majorité de droite à la tête de la municipalité de Copenhague. Une quarantaine de dealers sont arrêtés, et les échoppes de la rue principale sont détruites. Mais sous couvert d’une politique anti-drogue, la petite société craint la disparition du statut à part du lieu, ce que certains projets politiques esquissés ont confirmés en envisageant le retour sur le giron de la ville des terrains. Le retour à la tolérance prévaut depuis, et la cooptation demeure la règle. L’identité du lieu semble vivre encore aujourd’hui, mais pour combien de temps encore ?


A voir sur le site de Rue 89: « Christiana, démolition d’une utopie à Copenhague », Mai 2007

Photographies: Alexandre Laignel

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